Larry Clark : observateur ou voyeur ?

25 Oct

Tout le Paris bien-pensant le dit : l’expo de Larry Clark craint !

En effet, certains estiment qu’il est indécent de montrer des photos d’adolescents à poil, se roulant des pelles, se shootant à l’héroïne ou partouzant ! Parce qu’exhiber de jeunes Américains dans ces postures ambiguës pourrait donner des idées à nos sains et si bien élevés petits Français.

Ouf, la France moralisatrice et surtout la censure sont passées par là et ont préservé nos enfants d’images susceptibles de les choquer ! Car effectivement les moins de 18 ans sont désormais persona non grata dans cette salle du musée d’Art moderne de Paris.

Mais quel tapage autour des clichés de l’Américain !

« C’est un scandale », crient les opposants à la censure : au nom de la liberté de penser, de photographier, d’exposer et de s’exprimer, on ne doit pas, comme le dit l’auteur des clichés, « nier l’accès des adolescents à leur propre expérience ».

C’est vrai, quoi ! Pourquoi priver nos ados d’une expo dont ils sont le sujet, et depuis quand la censure se mêle-t-elle de la programmation des musées ?

Allez, une rétrospective qui défraie à ce point la chronique mérite qu’on lui rende une petite visite.

Et là, devant les photos : le choc !

C’est donc ça la vie d’un ado ? Récapitulons : 14 ans premiers shoots, 15 ans première partouze, 16 ans un flingue dans la bouche et le suicide à 17 ? Mais avant ou après la grossesse et la mort du bébé héroïnomane ?

Drogue, sexe et armes à gogo : pas très funky, la jeunesse selon Clark !

On découvre, à travers l’exposition, la dérive extrême de jeunes adultes, plutôt que l’expérience compliquée d’une adolescence ordinaire. Il est vrai que de nombreux clichés au grain épais datent des années 60 et établissent une distance entre le cliché et le présent. Certes, la parution du premier livre de Clark dans les années 70, Tulsa, avait fait l’effet d’une bombe sur l’Amérique (déjà) puritaine, plus passionnée par le Vietnam que par l’état de ses propres enfants.

Si à cette époque l’artiste a pu ouvrir les yeux de ses compatriotes, alors les photos et surtout l’œil révélateur du photographe étaient indispensables.

Mais pour les plus récentes – celles ou le regard de Clark passe des skateboarders de New York aux ghettos latinos de Los Angeles (les gamins expérimentant, devant l’objectif, tout ce qui est à leur portée) –, on peut se demander si l’Américain n’est pas, une fois encore, en train de nous servir sa propre adolescence pourrie, utilisant le regard des autres sur ses clichés comme une forme de thérapie personnelle ?

Tout bien considéré, ce n’est pas le job de nos gosses d’aider un vieux névrosé à se soigner !

Lorsqu’on observe ce type de 68 ans à ce point obsédé par le sexe des minots, on peut s’interroger sur ce qui, dans son œuvre, est la part de témoignages réalistes et ce qui appartient à une mise en scène sordide orchestrée par monsieur lui-même…

Au regard de cette expo, et malgré la qualité de bon nombre de photos, on peut espérer que cette censure ait évité à une quelconque mère distraite de se pointer devant les clichés, les gosses accrochés au poignet, ou à l’occaz, une instit mal informée d’y traîner ses CP !

Car n’oublions pas que la minorité va de la petite enfance à 18 ans, et tout cela brasse large.

Mais que monsieur Clark se rassure, les ados sont bel et bien dans la salle et pas uniquement sur les murs !

Voila, en tous cas, un joli coup de pub pour le photographe, qui récupère, in fine, tout son public : bien-pensants, observateurs, voyeurs, intellectuels et même minots resquilleurs !

« Kiss the past hello » de Larry Cark, du 8 octobre 2010 au 2 janvier 2011, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris / ARC, 11, avenue du Président-Wilson, Paris 16.

Concocté par la Serial mother

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