T’as le look… clodo !

18 Juin

Eva Herzigova dans le Vogue Italie de juin 2010 © Steven Meisel

Popularisé chez les A-list girls par la très grungeo-cracra Mary-Kate Olsen, la « dégaine caniveau » fait des émules. Shocking ? Pas pour le Vogue italien, qui après avoir mis en couverture de son numéro de septembre 2009 une Cosette et un Gavroche tout pouilleux, habillés de loques griffées et couverts de boue, nous sert ce mois-ci un nouveau shooting au goût douteux. On y a d’ailleurs reconnu la vilaine Eva Herzigova, toute de guenilles vêtue. Décidément, quand on se souvient de son apparition fantomatique dans le Elle d’il y a deux semaines, on se dit qu’Eva aurait mieux fait de rester dans son lit ses derniers temps.

Shooting mode dans Vogue Italie de juin 2010 © Steven Meisel

Les rédactrices mode s’ennuient-elles à ce point ? Après avoir photographié des pièces de haute joaillerie accompagnées d’insectes effrayants, des mannequins morbides portant de la viande crue en guise de vêtements, après avoir singé le sous-prolétariat dans son habitat naturel, la planète mode en mal d’inspiration s’empare du dernier chic : l’esthétique du sans-abris.

Le photographe Steven Meisel, sans doute blasé par ses séances photos organisées dans des châteaux Renaissance, a lui aussi décidé de surfer sur cette vague d’eau croupie en mettant en scène des mannequins en habits de fortune (mais tout de même vendus très très cher), le tout dans un décor qui n’est pas sans rappeler les campements de SDF du bois de Vincennes.

Shooting mode dans Vogue Italie de juin 2010 © Steven Meisel

Shooting mode dans Vogue Italie de juin 2010 © Steven Meisel

C’est qu’on a bossé le sujet, au Vogue Italie : les mannequins ont bien les ongles tout crottés, des vêtements rembourrés de mousse et des couvertures pour que le froid ne les emporte pas durant la nuit, un chien galeux pour tout compagnon, la guitare qui servira à aller mendier leur pain quotidien et les dernières bottines compensées Maison Martin Margiela vendues 900 €… ah, non ça c’est juste pour se rappeler qu’on est en train de lire Vogue et qu’il faut commencer à penser à ce que l’on portera l’hiver prochain.

J’entends déjà certaines filles me rétorquer à la rédac : « Mais tu ne comprends pas, c’est de l’art-reuh ! » Peut-être, mais à force de détourner les tabous, de voir le beau dans tout et n’importe quoi, on finit par désincarner le monde. Faut-il céder au relativisme ambiant, si gratuit et vide de sens ? Peut-on utiliser la puissance romanesque des « vagabonds » sans qu’elle ne serve d’autre propos que la promotion d’articles haut de gamme ? Plus grave : ne verra-t-on jamais plus les sans-abris, dont la condition semble ne pas intéresser les médias, que dans les magazines de mode ?

Plus inquiétant encore, depuis mars dernier, les internautes chinois ont adoubé Cheng Guorong comme nouvelle icône du style. Rien d’extraordinaire si ce n’est que ce père de deux enfants originaire de la province de Jiangxi est arrivé à la ville en 2000, pour finir par sombrer dans la misère la plus totale en 2003. Qu’importe, les communautés de jeunes branchés voient en lui « le Prince des Clochards » ou encore « le Beau Vagabond ». Pas de doute, les Chinois sont bien entrés dans la société capitaliste en ce qu’elle a de plus ignoble : sa capacité à transformer ses propres échecs (comme par exemple la paupérisation d’une frange de la société) en quelque chose de positif (sur le mode, ils sont pauvres mais ils sont beaux, hein).

Cheng Guorong errant/défilant dans les rues de Ningbo

Rebaptisé « Brother Sharp » par ses groupies, Cheng Guorong est la preuve vivante que la mode vient bien de la rue. Comble de l’ironie, cet homme est désormais continuellement poursuivi par les paparazzi alors qu’il demeure dans les rues, toujours habillé des mêmes loques… pour le plus grand plaisir des fashion connaisseurs. Comme quoi, amour, gloire et beauté ne riment pas forcément avec fortune. C’est l’occasion pour nous de nous interroger sur le genre de société qui peut aduler un misérable pour le simple fait qu’il soit misérable. En attendant, Paris Hilton doit se demander si elle ne devrait pas arrêter de se laver pour attirer l’attention des photographes…

Brother Sharp est une véritable muse pour les créateurs...

Infligé par l’Executive pétasse

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5 Réponses to “T’as le look… clodo !”

  1. Lucie 18 juin 2010 à 09:59 #

    Non mais alors la franchement c’est vraiment du n’importe quoi ! ça me choque que l’on puisse se permettre de tel chose et en plus j’imagine bien qu’a coté de ça, on fait pas grand chose pour ceux qui dorment dehors.

  2. samantha 20 juin 2010 à 14:33 #

    la plus grosse blague .. ou va le monde !

  3. Papillote 10 octobre 2010 à 20:13 #

    c’est complètement délirant… j’avais vu un reportage là-dessus, c’est nul…

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  1. Happy B-day Arsenic et Petites Culottes ! | Arsenic et Petites Culottes - 11 février 2011

    […] titre individuel, j’ai adoré vous parler de Vogue pour mieux aborder la thématique des fashion sans-abris. Je me suis intéressée à la […]

  2. Kate Moss, merci la coke ! « Arsenic et Petites Culottes - 29 mars 2011

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