Cinéma : les bombes déguisées en navets

4 Mai

Amoureux du cinéma, ouvrons nos chakras. A près d’une semaine du soixante-quatrième Festival de Cannes, célébrons dès à présent la diversité du septième art. L’Intégriste culturelle rend hommage au faux navet. Voici sa sélection : du film de cape et d’épée revisité au polar surréaliste, tous les genres ont désormais droit de cité.

  • The Host, de Bong Joon-Ho (2006, sorti en DVD)

Un film fantastique à la sauce coréenne. Si, si, c’est possible. A Séoul, les Park sont une belle brochette de paumés : un père tenancier d’un snack miteux, un fils lunaire, un autre au chômage et une fille championne de tir à l’arc qui a raté ses J.O. Le seul rayon de soleil : Hyun-seo, la ravissante petite-fille. Enlevée un beau jour par un monstre mutant qui décide de sortir du placard. Dans une ville en état d’alerte, la famille part traquer la bête. Un pitch on ne peut plus banal, voire ridicule. Mais l’avantage dans le cinéma coréen, c’est que le ridicule ne tue pas, bien au contraire, il surgit quand on ne l’attend pas et rend hommage à une longue et belle tradition d’humour absurde. Donc, pour les intellos, sachez que celui qui a commis cet OVNI n’est pas un débutant illuminé, mais Bong Joon-ho, le réalisateur de Mother et surtout du chef-d’œuvre Memories of Murder. Et que l’acteur principal n’est autre que Song Kang-ho, un comédien de génie, qui est en Corée l’équivalent d’un Gérard Depardieu (celui de Trop belle pour toi ou de Sous le soleil de Satan). Voilà pour les alibis culturels. Sinon, vous aurez droit à des effets spéciaux qui n’ont pas à rougir face aux grosses productions US, un monstre à la fois effrayant et au pouvoir comique digne d’un Charlie Chaplin, à des personnages hauts en couleur, une ambiance de mousson oppressante et moite à souhait… Et un suspens qui va vous lessiver les nerfs comme les thrillers asiatiques savent le faire.

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  • Princess Bride, de Rob Reiner (1987, disponible en DVD)

Le réalisateur de Quand Harry rencontre Sally et de Misery s’est essayé ici à la parodie de conte de fées. Un exercice de style pas facile, parce qu’avant lui il y a eu Mel Brooks et les Monty Python, et parce que la limite entre le pathétique et le cultissime est parfois très mince. Princess Bride, c’est donc un conte lu (le film est l’adaptation d’une nouvelle) par un grand-père (Peter Falk, feu Inspecteur Columbo) à son petit-fils grippé. L’histoire est celle de la princesse Bouton d’Or (Robin Wright, tout juste échappée de Santa Barbara et pas encore Madame Penn) et de son fidèle et beau palefrenier Wesley (Cary Elwes). Pour être à la hauteur de sa bien-aimée, l’amoureux blond comme les blés part courir le monde en quête de fortune. Après avoir attendu son retour pendant des années, Bouton d’Or se voit dans l’obligation d’épouser le vil prince Humperdinck. Mais l’enlèvement de la jeune femme juste avant la noce va bouleverser la donne… On en a le frisson tellement la trame est une pente savonneuse. Mais. C’est devenu un film culte. Répliques, scènes, personnages : tout y est délicieusement corrosif et décalé. A un humour complètement débridé, ajoutez une naïve et belle amourette, et une vraie dose d’aventure façon The Goonies : le film de cape et d’épée s’est offert un beau coup de jeune… en 1987. A voir en V.O., par pitiiié !

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  • The Descent, de Neil Marshall (2005, sorti en DVD)

Ça commence comme un film de série B. Et pour cause : imaginez six copines qui se retrouvent pour un week-end spéléo entre filles dans les Apalaches. Youpiii ! On glousse et on caquette… Jusqu’à ce qu’un rocher bloque le chemin. Et là, ça devient beaucoup moins marrant : les nanas passent du rire jaune au désespoir puis à l’hystérie, car dans les entrailles de la montagne, quelque chose vit, tapi dans l’obscurité des grottes. Toutes les phobies possibles et imaginables sont alors passées au crible : peur de l’eau, du vide, du noir, de l’enfermement, de l’inconnu, du sang, du cannibalisme… et bien sûr de la mort. La prouesse du réalisateur : faire un film quasiment à l’aveugle, avec une image à la lumière travaillée (mention spéciale au chef-op), et avoir créé la « chose » la plus terrifiante qui soit (juré, craché). La plongée anxiogène se poursuit crescendo jusqu’à un final sanguinolent, qui vous laissera traumatisés pendant plusieurs jours. L’Exorciste, à côté, c’est du pipi de chat.

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  • Bons baisers de Bruges, de Martin McDonagh (2008, sorti en DVD)

Un polar qui se passe à Bruges (??), avec Colin Farrell et Ralph Fiennes, une affiche de nanar, un titre à la 007  et une bande-annonce ultra-mainstream avec les moyens des frères Dardenne. En voilà un qui allait finir dans les bas-fonds du box-office direct. Et pourtant. L’objet est indéfinissable tellement il est surprenant : thriller totalement décalé, saupoudré d’humour belge, de personnages ubuesques et de scènes burlesques. Ray (Colin Farrell) et Ken (Brendan Gleeson), deux tueurs à gages déprimés, se retrouvent en exil à Bruges après avoir foiré leur dernière mission. Quand le premier prend ça comme une punition, le second en fait le lieu d’une retraite philosophique. Ils attendent les instructions de leur commanditaire, qui seront : Ken doit abattre Ray, responsable de leur fiasco. S’ensuit un délicieux et hilarant jeu du chat et de la souris, dans les ruelles brumeuses, dans la mélancolie de la ville, dans sa lumière rase, où l’on croise un nain obsédé sexuel, des prostituées de cabaret et des créatures de carnaval. Surréalisme, quand tu nous tiens ! Aussi improbable qu’il soit, le film a même reçu le BAFTA du meilleur scénario original en 2009 (ainsi qu’une nomination aux Oscars dans la même catégorie) et le Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie pour Colin Farrell.

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  • Scott Pilgrim, de Edgar Wright (2010, tout juste sorti en DVD en avril)

Scott Pilgrim est un jeune homme comme les autres, qui se débat entre ses relations avec des filles et ses obligations envers son groupe de rock. Quand débarque Ramona, sur ses rollers et avec son style explosif. Mais cette nouvelle petite amie toute fraîche a un passif un peu lourd : une belle brochette d’anciens amoureux éconduits s’est liguée pour faire de sa vie amoureuse un enfer. Et Scott va devoir essuyer les plâtres et se battre pour garder sa belle. Le pitch typique de la teenage comedy de base. Pas très folichon. S’il n’y avait pas : 1. des dialogues drôlissimes, 2. des acteurs en pleine forme (Michael Cera, l’amoureux de Juno, Jason Schwartzman, Mary Elizabeth Winstead vue dans Boulevard de la Mort), 3. un univers flashy et punchy, 4. l’efficacité de Edgar Wright, également réalisateur, entre autres, de l’hilarant Shaun of the Dead, et 5. d’intelligentes références au cinéma, aux jeux vidéo ou à la bande dessinée. D’ailleurs, à l’origine, Scott Pilgrim, c’est une BD canadienne (créée par Bryan Lee O’Malley) qui a sa grosse communauté de fans. Pas étonnant alors  que des personnalités comme Quentin Tarantino, Guillermo del Toro ou Jason Reitman, amateurs éclairés de culture alternative, aient adoré le film.

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  • Winnie l’Ourson, de Stephen J. Anderson et Don Hall (2011, actuellement au cinéma)

Eh oui, qui aurait parié un centime sur le retour de l’ours orange le plus niais de l’histoire Disney ? (Et qui aurait cru que j’en parlerais ?) Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours détesté Winnie et sa bande de copains débiles (sérieusement : un ourson à la voix de vieux, un âne dépressif, un cochon bouc-émissaire, un lapin hystérique et un tigre qui saute sur tout ce qui bouge). Objectivité maximale, donc ! Avouons-le, ce dessin animé sorti sur grand écran le 13 avril dernier (à partir de 3 ans) a tout pour nous ravir : c’est drôle, c’est poétique et c’est pédagogique. L’Empire renoue avec son savoir-faire d’origine – de magnifiques aquarelles – et avec son ambition première d’offrir aux enfants du divertissement de qualité – Winnie et ses amis se baladent dans les mots et les paragraphes de l’histoire -, le tout sans lourdeur ni mielleuserie inutile. Même l’original était moins bien. Pour une fois que Disney sert aux tout-petits un plat digeste et équilibré, faisons-nous plaisir !

Cette liste est, bien entendu, loin d’être exhaustive. Pour la compléter, je pars dès maintenant à l’assaut de la filmographie de Vin Diesel : mon mec, ultra grand public, me dit que « c’est pas mal, Les Chroniques de Riddick« . On ne sait jamais.

Dépeint par l’intégriste culturelle

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4 Réponses to “Cinéma : les bombes déguisées en navets”

  1. Ceriat 4 mai 2011 à 10:09 #

    J’ai beaucoup ri à « The Host » et « Princess Bride », j’ai apprécié la « Descent », mais il faut aimer l’obscurité. En revanche, je trouve que Colin Farrell est trop gentil dans « Bon baiser de Bruges », pas assez bad boy et un peu trop perdu. Je n’ai pas vu les autres, je n’en parlerais donc pas. Mais dans l’ensemble, je suis assez d’accord avec vous.

  2. Ceriat 5 mai 2011 à 09:51 #

    Merci.

  3. JP 11 mai 2011 à 12:41 #

    les chroniques de Riddick mouais mais pitch black, carrément!

Trackbacks/Pingbacks

  1. VA – Souvenir Presents In The City (2011) - 4 mai 2011

    Новинки mp3…

    L’intégriste culturelle: Mais l’enlèvement de la jeune femme juste avant la noce va bouleverser la donne… On en a le frisson tellement la trame est une pente savonneuse. Mais. C’est devenu un film culte. Répliques, scènes, personnages : tout y est ….

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