Maman, vous me soûlez !

3 Mai

Priez pour nous. Beaucoup.

Croyez-le ou non, il existe encore des familles dans lesquelles les enfants vouvoient leurs parents. Certes, on note une nette concentration géographique de ces espèces menacées autour de Versailles, mais pas que.

A vrai dire, c’est assez craquant, un petit bout de 5 ans en robe à smocks qui demande gentiment « Papa, pouvez-vous me lire une histoire ? ». Et c’est assez tordant de recroiser la fillette devenue ado hurler « Maman, vous me soûlez ! » à sa génitrice, quelques années plus tard.

Comme quoi, dire « vous » à ses parents n’empêche pas de s’exprimer en totale liberté.

Il y a quand même lieu de s’interroger sur cette pratique un peu has been. Vouvoyer l’auteur de ses jours, ça sert à quoi ?

  1. C’est une bonne entrée en matière. On fait plaisir à Moïse, au Dieu d’Abraham et à la première des Tables de la Loi. (ndlr, pour ceux qui n’ont pas potassé La Bible pour les Nuls : « Tu honoreras ton père et ta mère. »)
  2. C’est une marque incontestable de bonne éducation. En grandissant, mieux vaut passer pour trop polie auprès des adultes – les autres parents, les professeurs, puis les employeurs – que l’inverse. Et avoir le réflexe de garder ses distances avec ses supérieurs hiérarchiques, ses aînés, les inconnus et tous ceux dont on a tout à apprendre. Ou à craindre.
  3. Le « vous » n’enlève rien à la sincérité des propos, simplement, il les encadre. Du coup, quand on envoie promener ses parents, on y met les formes (cf. titre de l’article).
  4. Les copains extérieurs au cercle Auteuil-Neuilly-Passy trouvent ça encore plus fendard qu’une blague Carambar.
  5. Les invités aux repas dominicaux ont l’impression d’assister à une pièce de théâtre du 16e siècle. Extrait. « Fifille : – S’il vous plaît, Papa, pouvez-vous me passer le sel ? Papounet : – Tiens, princesse ! Et ne mets pas les coudes sur la table et tiens-toi droite. » Charmant.
  6. Les parents reçoivent la reconnaissance éternelle de leur progéniture à chaque fois que celle-ci leur adresse la parole. Si, ça compte, il paraît. Surtout après 17 heures de travail à chaque naissance.
  7. Les observateurs de langue étrangère en perdent complètement leur latin, ça aussi c’est plutôt rigolo. Surtout les Anglo-saxons, qui ne s’embarrassent que d’un only you.

Soit 7 raisons pour excuser, voire adopter, cette pratique un peu désuète mais qui ne manque pas de charme. Elle cale tout simplement la relation enfant-parent sur le mode respect.

Et puis il existe des pratiques familiales bien plus bizarres : les parents qui vouvoient leurs enfants (si), les parents qui se vouvoient entre eux (si, si), les enfants qui se vouvoient entre eux (et si), les enfants qui ne parlent carrément PAS à leurs parents, ou à l’inverse qui cohabitent avec eux à 30 piges passées.

Et toi, comment tu parles à ta mère ?

Promulgué par l’Altesse mondialiste


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2 Réponses to “Maman, vous me soûlez !”

  1. Ceriat 3 mai 2011 à 19:06 #

    C’est même carrément en passe de devenir tendance. Le mieux ne serait-il pas d’abandonner notre vieux français et passer à la langue de shakespeare comme tout le reste de l’Europe ?

  2. Miss Alfie 20 mai 2011 à 10:40 #

    C’est vrai ça, comment qu’ils font les rosbeefs pour vouvoyer leurs parents ?! Encore un truc qui va se perdre avec l’anglais ça !
    Sinon, à ma mère, je luis dis « maman, tu me gaves », mais seulement quand je suis polie avec elle !

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