Vélos, voitures, bus, scooters, piétons : l’univers impitoyable du bitume parisien

23 Avr

Voilà près d’un an que j’arpente Paris à vélo. Fini le métro déprimant, oublié le bus lent et bondé : dès que la météo me le permet, je troque, comme nombre de Parisiens, mon Pass Navigo contre une bonne vieille bicyclette. Depuis l’avènement du Vélib’ et de la sainte piste cyclable, les vélos sont assez nombreux pour changer la donne et notre manière de conduire ensemble. C’est bien connu, dans les couloirs du métro sévit la loi du plus fort : pour avancer, il faut marcher d’un pas déterminé afin de forcer les autres à vous laisser passer, sous peine de se faire happer par un flot ininterrompu de Transiliens sous antidépresseurs. Eh bien sur la route, c’est pareil, voire pire ! Petite analyse des comportements, animosités et autres rapports de force qui rythment l’asphalte de la capitale.

Le piéton

Tout en bas de la chaîne alimentaire, le piéton n’est pas moins inconscient de son statut de fourmi. Depuis que la légende urbaine dit qu’il n’est plus en tort en traversant quand le bonhomme est rouge ou même en dehors des passages cloutés, ce fou à lier a pris la confiance. Qu’il garde le nez en l’air (ah… les touristes !) ou qu’il se jette sous vos roues en vous regardant droit dans les yeux, le piéton a une foi indéfectible en son « bon droit »… quitte à y laisser sa peau.

Le Vélib’

Le Vélib’ est au vélo ce que le conducteur du dimanche est à Alain Prost : un novice doublé d’une tête de nœud. Ce conducteur occasionnel de bicyclettes se sent pousser des ailes dès qu’il enfourche le mulet qui lui servira, le temps de 30 minutes chrono, de moyen de transport. L’adage « Vélib’ au guidon, mort au passage piéton » a fait désormais le tour de Paris, et ce, pour une raison très simple : le Vélib’ ne s’arrête jamais, ô grand jamais, à un feu rouge.

© Arsenic et Petites Culottes

Le vélo

Le cycliste qui possède un vélo bien à lui – et qui s’en fait chourer ou vandaliser 2 ou 3 par an – doit subir tout le monde : les voitures qui tournent à droite au carrefour et qui font mine de ne pas l’avoir vu, les bus qui ne le tolèrent guère sur « leur » voie, le piéton qui ne l’entend pas arriver et qui déboule de nulle part pile en face de lui, le scooter qui déboîte sur sa piste cyclable pour doubler les caisses par la droite, et surtout, le Vélib’, qui fait passer la communauté des pédaleurs pour des guignols. Il existe une hiérarchie au sein de cette communauté (dans laquelle le Vélib’ est invariablement tout en bas de l’échelle), entre les fixies, les hollandais, les VTT et les VTC… mais ce subtile distinguo fera sans doute l’objet d’un autre papier.

Le bus

Un seul mot me vient à l’esprit : prioritaire. Du moins, c’est bien ainsi que se sentent la plupart des conducteurs de bus de la capitale. Prioritaires dans leurs voies (on l’appelle bien « voie de bus », donc c’est qu’elle est à eux, non ?), les bus ne comprennent pas pourquoi les vélos remontent à leur hauteur à tous les feux rouges, quitte à se hisser le long des caniveaux. Et pourtant, j’aimerais bien qu’un conducteur de bus prenne la côte des Gobelins à vélo, scotché derrière un bus. Juste une fois, pour voir. Au niveau de l’intoxication nasale et pulmonaire, c’est à peine mieux que de rouler derrière un camion-poubelle. Bref, sous prétexte qu’on lui a bâti des voies exclusives et qu’il transporte le peuple, le bus se prend pour le nouveau roi de la jungle. Pour moi, la toute-puissance autoproclamée du bus s’illustre par sa capacité à s’imposer sur un carrefour ultra-embouteillé et à boucher définitivement la circulation pendant 45 minutes.

Le scooter

Ennemi mortel du vélo et du Vélib’, le scooter est le parent pauvre de la moto. La petite frappe qui a trouvé le bon filon pour gagner chaque jour la course de la migration pendulaire. Et le scooter a une lecture du code de la route toute personnelle. Il se croit d’ailleurs autorisé à emprunter la voie de bus lorsque celle « des voitures » est trop encombrée, pourquoi ? Le deux-roues à petite cylindrée se fait également un point d’honneur à se poser au premier rang devant un feu rouge, même si cet espace est désormais réservé neuf fois sur dix aux vélos. De toutes façons c’est bien connu, les vélos, ça se traîne. Bref, le scoot est partout, il roule partout et il t’emmerde.

La voiture

Reine de Paname jusque dans le milieu des années 90, l’automobile feint de ne pas comprendre qu’elle ne se trouve plus tout en haut de la pyramide. Et pourtant, on l’empêche de circuler deux fois par semaine là où passe la rando roller, on lui ferme les quais l’été et, comble de l’hérésie, on l’oblige à se ratatiner avec les deux-roues pour faire place aux voies de bus. Bref, les automobilistes sont dans le déclin, restent à peu près les seuls à se faire aligner par les flics (avec les deux-roues) et passent pour des gros ploucs aux yeux des autres : égoïstes de pollueurs + galériens qui passent 5 h 30 par semaine à essayer de garer leur poubelle.

La moto

Trop heureux de ne pas rouler sur l’autoroute où il se transforme instantanément en fournisseur potentiel et officiel des banques d’organes de France, le motard profite de ses traversées de Paris comme si elles étaient des parenthèses enchantées. Il n’a pas le temps de se frictionner avec les autres animaux de la jungle : à peine arrivé, à peine parti. À y regarder de plus près, le motard ne se comporte pas du tout comme le scooter. À croire qu’il a une ligne de conduite, lui, une conscience de classe. Bref, il est au-dessus de la mêlée. Et si le roi des animaux bitumiens, c’était lui ?

C’est décidé, je vais monter un syndicat de cyclistes. Comme les motard, on aura une touche vestimentaire reconnaissable (plutôt Néoprène fluo que cuir, hein) et on sera tous solidaires et gentlemen. Et peut-être que dans dix ans, nous aussi, on sera au-dessus de la mêlée !

Infligé par l’Executive pétasse

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4 Réponses to “Vélos, voitures, bus, scooters, piétons : l’univers impitoyable du bitume parisien”

  1. Aurelien COTTET 23 avril 2012 à 22:34 #

    peut etre une solution avec cette nouvelle app http://www.kemtro.com sur les sorties et entrees du metro de paris…

  2. Elodie (la Petite BUlle d'Elo) 24 avril 2012 à 11:32 #

    Excellent ce billet! Je ne suis pas de Paris et ne circule pas beaucoup en vélo à Lyon, ais je pense que c’est un peu pareil 🙂 Bien vu et bien drôle 🙂 Bon courage avec ton vélo en tout cas 🙂

  3. Pierre de Nylon-Mode 24 avril 2012 à 21:58 #

    Vous avez dit surréaliste, non si réaliste !

    J’adore !!!!

  4. Sarah 9 juillet 2012 à 18:14 #

    « Le Vélib’ est au vélo ce que le conducteur du dimanche est à Alain Prost : un novice doublé d’une tête de nœud. » = magique !

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