Accoucher à la maison : délire DIY ou vraie tendance ?

22 Mar

Marie, Uma et Chris

Le 1er mars 2012,  à New York, perchée au 17ème étage de sa tour de Tribeca (et visiblement, en position squat), Marie a donné naissance à son premier enfant, une petite Uma. Chez elle, quoi. Avec Chris, son mari, et une sage-femme pour lui filer un petit coup de main.

Comme Gisele Bundchen, Demi Moore et Cindy Crawford.

Gisele, Ben et Tom @ http://www-hollywoodlife-com.

Prof de yoga, née en Indonésie, Marie est une européenne nourrie de culture orientale et de médecine chinoise, mariée à un américain. Attention, interview sans tabou !

***

– SAM – D’où t’est venue cette idée d’accoucher chez toi ? En France, moins de 2 % des femmes choisissent cette option. Ça fait un peu « elle a fait un bébé toute seule », non ?!

– Marie – Je n’ai pas fréquenté de médecins depuis des années. Je guéris grippes et bronchites avec une cure de sommeil et des litres d’eau au gingembre. Avec une alimentation sélective (surtout pas de produits laitiers) et quelques capsules de vitamines C, normalement, tout passe en 2 ou 3 jours. Je préfère ne pas interférer dans le processus naturel de guérison.

Avant d’apprendre ma grossesse, je n’avais jamais réfléchi à comment j’accoucherais. Mais d’instinct, je me suis dit que l’hôpital, ce n’était pas pour moi. Je me suis mise à la place de mon bébé : un néon en pleine figure, comme première image du monde, c’est pas terrible ! Palpé par des mains gantées, entouré de masques blancs, suspendu par les pieds et déposé sur une balance en métal (c’est froid le métal !) avant même d’avoir pu récupérer du choc de son premier souffle… Je force un peu le trait, peut être, mais j’avais envie d’imaginer un autre scénario.

Par curiosité, mon mari Chris et moi avons visité un hôpital. Dix minutes avec la nutritionniste ont suffit pour me convaincre que je n’étais pas a ma place. J’ai eu beau lui expliquer que j’étais végétarienne depuis une dizaine d’années, elle m’a prescrit un régime « viande, produits laitiers, féculents et fruits tous les jours ». J’ai remercié avec un sourire et je suis sortie en courant ! Je ne pouvais pas m’imposer ce stress avec un petit être dans mon ventre qui sentait tout et partageait tout (physique et psychologique). Et je ne voulais pas compromettre le bonheur et l’excitation de ma grossesse pour plaire aux médecins. Je me suis tournée vers une solution alternative, sur mesure, avec un suivi médical moins invasif.

– Quels sont les + et les – de l’accouchement maison ?

Premier point contre : en cas de pépin, le simple fait que la mère soit transbahutée, en plein travail, vers l’hôpital le plus proche est dangereux pour l’enfant. Et pas forcément agréable pour la mère. Mais l’inconvénient majeur, c’est le cas d’urgence nécessitant une intervention chirurgicale (pour sauver maman ou bébé). Certaines mères choisissent d’accoucher seule (« free birth ») mais pour moi, accoucher sans assistance médicale, c’était trop risqué. J’ai fait appel à une sage femme. Leurs qualifications et surtout leur expérience permettent aux sages femmes de faire face aux situations les plus rocambolesques.

Coté +, voici les premiers qui me passent par la tête :

1. À l’hôpital, on n’est pas maître du timing. Le médecin en charge est susceptible de prendre des décisions en fonction de son emploi du temps personnel (déclencher en fin de journée ou pour partir en week-end). Si le travail dure trop longtemps, il décidera d’accélérer l’accouchement avec des médicaments ou de faire une césarienne. Une amie qui a accouché chez elle l’année dernière me disait que le travail avait duré 82 heures (ndlr : !!!!!) mais son accouchement, long, s’est bien déroulé. Laisser le temps faire son œuvre, c’est un luxe que l’on peut s’offrir chez soi, lorsque l’on ne dépend de personne d’autre.

2. La règle d’or, c’est de choisir et limiter son entourage avec soin pour préserver son intimité. Accoucher d’un bébé, c’est comme faire un bébé ; donner naissance, c’est comme faire l’amour, on ne fait pas ça en public. Intimité et confort sont nécessaires a la production de l’hormone ocytocine (= « accouchement rapide’’ en grec, c’est aussi l’hormone de l’amour). « Sphincters are shy » comme le dit Ina May Gaskin (voir plus loin). En situation de stress, ou lorsque l’on est interrompu par un facteur extérieur, les muscles du sphincter se contractent, ce qui rend l’excrétion plus difficile. Imaginez-vous faire l’amour dans une salle remplie de médecins ! Ou encore, que se passe-t-il si on vous surprend sur le trône ??

andsoweramble.net

3. Ni péridurale ni perfusion = fonctionnement hormonal optimal. L’orchestration naturelle des hormones impliquées lors d’une naissance facilite l’accouchement et la reconnaissance mère-enfant. Ocytocine, endorphine et adrénaline ont chacune un rôle précis à jouer a un moment donné. La perfusion ne respecte pas ce timing, elle impose un autre rythme, ce qui annule une bonne part des effets. L’ocytocine est relâchée, entre autre, au dernier moment, quand le bébé sort de la mère. Le bébé aussi en produit, ce qui les appelle à se rapprocher l’un de l’autre immédiatement à la naissance. Une dose d’amour qui sera ne jamais égalée plus tard dans leur vie commune.

4. Un autre avantage d’accoucher chez soi, c’est la liberté de bouger. Une femme qui accouche a besoin pour supporter la douleur, de bouger, de se déplacer, changer de position, prendre un bain. Elle doit être dans son corps. L’écouter, le comprendre, le respecter et croire en lui, croire en elle et en son savoir instinctif, animal. Mon accouchement était très « animal », tout en mouvements et rugissements ! Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la position couchée sur le dos ne facilite pas du tout l’accouchement. Pour sortir, en position couchée, le bébé doit aller contre la gravité. La position idéale, c’est le squat (après, chaque femme est faite différemment, certaines préfèrent être à quatre pattes).

Le squat pour les nuls…

5. Certaines études préconisent que le cordon ombilical ne devrait pas être coupé avant au moins 20 minutes après la naissance. En effet, le placenta contient encore un tiers du sang du bébé au moment de la naissance. Au bout d’une trentaine de minutes, quand le cordon blanchit et refroidit, il peut alors être coupé. Bébé ne sentira rien et aura reçu tout son lot d’énergie. D’un point de vue spirituel, il est important de respecter la connexion du bébé à son placenta, compagnon de 9 mois qui l’a nourri, et avec lequel il a joué. Respecter ce processus de détachement était important pour moi.

– As-tu lu des livres ou suivi une formation avec la sage-femme ? 

J’ai beaucoup lu, sur internet, quelques livres*. Aux États-Unis, les sages femmes sont de vraies stars. Je citerais Ina May Gaskin, connue pour sa « Ferme » dans le Tennessee et auteur de best-sellers. Robin Lim, distinguée au titre de « CNN Hero 2011 », qui vit à Bali.

– Comment as-tu trouvé ta sage-femme ? Quel a été son rôle avant et pendant l’accouchement ?

J’ai été conseillée par une amie sage-femme de Californie, ça me rassurait d’avoir sa recommandation, mais a vrai dire il existe de nombreux sites internet qui listent les sages femmes aux États-Unis.

Son rôle est crucial, oui. Dès la fin du premier trimestre, la sage femme nous a rendu visite à la maison chaque mois, puis chaque semaine le 9ème mois. Elle prenait ma tension, on écoutait le cœur de bébé au stéthoscope, elle mesurait l’évolution de mon utéris (de l’os pubien au haut de l’utérus). J’ai fait une échographie au 4ème mois pour déterminer le terme de la grossesse, très important pour un premier accouchement. Chaque visite était une occasion pour discuter et faire connaissance, elle, Chris et moi.

Le jour de l’accouchement, à son arrivée, elle a mesuré la dilatation du col, m’a parlé, m’a rassuré et mise en confiance. Son conseil à ce moment a été : « Ne retiens pas tes cris. Ouvre ta gorge, ça aidera à ouvrir ton col ». Elle m’a un peu poussé hors limite. Pas exemple, je ne voulais pas prendre de douche, mais cela m’a fait le plus grand bien. Vers la fin, au moment critique où je commençais à manquer de forces et à perdre confiance, elle a pris la décision d’ouvrir les derniers cm du col à la main. ça a sauvé mon accouchement, même si j’ai hurlé ! Elle venait d’insérer une sonde dans ma vessie pour la vider (cela empêchait le bébé de descendre). J’ai alors pu poussé, et Uma est née. Elle me l’a tout de suite déposée sur le ventre, et s’est retirée pour nous laisser tous les trois faire connaissance (on était en larmes). Elle s’est occupé de ranger pendant que nous nous remettions de nos émotions, puis elle m’a aidé à expulser le placenta, et 40 minutes après la naissance d’Uma, à couper délicatement le cordon ombilical.

– 18h de travail sans péridurale, mazette, as-tu été tenté d’en finir une fois pour toute en allant à l’hôpital ?

Jamais ! Au bout de 16 heures, épuisée (j’avais très peu mangé quand j’ai été surprise par l’intensité des contractions) la sage femme m’a pris entre quatre yeux et m’a dit « Marie, il va falloir que tu accueilles cette douleur sans essayer d’en finir car ce sont les contractions qui vont sortir ton bébé. Sinon, tu sais ce qu’il va se passer ». J’étais alors dilatée de seulement 7 cm. La pensée de me retrouver à l’hôpital était l’échec ultime.

Nous sommes passées de la baignoire à la chambre ou, allongée sur le lit avec Chris à mes côtés, nous avons réussi à sortir notre petite fille (pas si petite du tout d’ailleurs, 3,5 kilos….)

La douleur est essentielle car elle envoie un message au cerveau qui en conséquence produit des endorphines. Douleur et souffrance ont aussi deux choses bien différentes. Moi je n’avais pas choisi de souffrir. J’avais mal, mais bon, nous ne sommes pas en sucre !

– Justement, côté douleur, histoire de rassurer les ptites jeunettes (à qui nul n’a jamais fait sortir l’équivalent d’un ballon de rugby du vagin), c’est genre « outch », « aïeu », « ouille-ouille-ouille », « rah-la-vacheu-sa-mère », ou carrément la pire douleur de ta life ?

Difficile de rassurer les ptites jeunettes … Disons que la récompense est tellement grandiose qu’elle efface tout souvenir négatif, et l’on oublie presque instantanément.

– Chris est resté avec toi sans tourner de l’oeil ? Il a fait le ptit chien ? Tu n’as pas éprouvé de violente envie de meurtre à son égard ?

Au contraire ! Chris était mon seul support pendant les 13 premières heures, il a été à la hauteur. C’est lui qui s’est occupé du timing des contractions, m’a soutenu quand je tremblais de douleur, m’a hydraté et nourri du peu que je pouvais avaler.

Il a su quand appeler la sage femme (qui ne vient qu’au dernier stade du travail). Je voulais être seule avec lui. Au début des contractions, nous avons même fait l’amour. Cela m’a détendue et a accéléré le processus (l’oxytocine, encore elle…). Pendant le travail, nous nous sommes embrassés longuement. L’accouchement est un moment très sensuel lorsque l’on ne se laisse pas impressionner par l’intensité de la douleur.

– Après l’accouchement : any effets indésirables ?

J’ai fait beaucoup de yoga pendant ma grossesse, ce qui m’a permis de conserver mes muscles du ventre et du dos. Je me suis aussi abondamment huilée  tous les jours (huile d’amande bio, de jojoba, de coco vierge…) : seins, ventre, et entre jambes. Je n’ai pas déchiré quand Uma est sortie. Après l’accouchement, les saignements étaient intenses pendant 24 heures (genre méga grosses règles); une semaine plus tard c’est beaucoup moins gênant. J’ai plus ou moins sauté hors du lit le lendemain.

Je ne sors pas cependant. La tradition ayurvedique (parmi d’autres traditons ancestrales) veut que maman et bébé restent ensemble, sans sortir, pendant 42 jours. Moi je suis restée deux semaines sans sortir. Pour donner le temps à ma fille de s’adapter au monde. Respecter son processus de transfert d’un monde à l’autre.

*Quelques références

Côté livres :
La naissance orgasmique – Elizabeth Davis & Debra Pascalli-Bonaro
The Birth Partner – Penny Simkin
Pregnancy, Childbirth and the Newborn– Penny Simkin & others
– Le guide de la naissance naturelle – Ina May Gaskin

Coté films :
-« Orgasmic Birth »,
-« The business of being born »
-« Babies »

Sur Internet :
– Il y a sur YouTube des centaines de vidéos d’accouchements à la maison
– Un site à retenir pour voir l’évolution du bébé durant la grossesse : http://www.babycenter.com/

Promulgué par l’Altesse mondialiste

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4 Réponses to “Accoucher à la maison : délire DIY ou vraie tendance ?”

  1. eric froger 22 mars 2012 à 11:28 #

    bravo à marie pour avoir opté pour ce type d’accouchement…la maman et la petite uma semblent avoir bien passé l’épreuve…je leur souhaite ainsi qu’au papa de très beaux moments de bonheur en famille…

    merci à son AM de nous avoir apporté ce reportage très bien écrit …

    • papasugar 22 mars 2012 à 22:31 #

      Article super ! Je suis l’une de ces petites jeunettes et j’ai très envie d’avoir des enfants plus tard. Mais l’accouchement me fait peur ! Ca m’a donné une nouvelle perspective de cet étape importante de la vie de la plupart des femmes et ça fait du bien de lire l’avis de quelqu’un qui la vécu et qui le raconte avec vérité. Ni comme un conte de fée, ni comme un calvaire.
      Bravo, et félicitation !

  2. Pierre de Nylon-Mode 24 mars 2012 à 11:29 #

    Oui accoucher à la maison est possible, bien sûr que oui !

    Mais attention à le faire avec le bon accompagnement, la sage-femme adéquate, entraînée dans ce processus classique pour des pays comme les pays-bas (une très forte majorité le fait). Attention aussi pour les grossesses à risque, les complications et plus simplement les douleurs.

    Oui j’entends déjà les louanges de celles qui ont hurlés pour devenir mère, et ainsi revendiquent cette soufrance, cette douleur comme une étape normale de leur vie de mère. Eh bien non, la douleur et la souffrance peut être négociée, préparée, voir annulée par la péridurale, mais aussi d’autres méthodes plus douces.

    Donc en dehors de ces précautions, oui à cet évènement, mais n’oublions pas la disponibilité de nos cliniques et hôpitaux, de leurs bons services aussi !

    Oui à l’accouchement à domicile, à cette joie en famille, à cette lumière nouvelle sortie de l’origine du monde, je suis papa de trois enfants, de trois bébés, de trois souvenirs inoubliables.

    PS : non, absolument non à la « peoplisation » de cela, à la « boboïsation » d’autres, car l’argent des uns permet des libertés que n’ont pas les autres.

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  1. « T’as bouffé ton placenta ??  « Arsenic et Petites Culottes - 15 janvier 2013

    […] pourtant, avec l’accouchement à domicile, c’est l’une des dernières tendances inspirées par Dame Nature auxquelles […]

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