Mon stagiaire est un boulet

26 Sep

Je vous entends vous indigner d’ici. En guise de préambule, sachez que j’ai vécu le Mouvement des stagiaires précaires de l’intérieur. Moi-même en stage de fin d’études pendant la naissance du mouvement, j’ai été jusqu’à m’abonner à leur newsletter, assister à un meeting et traîner mes Cortez à une de leurs manif’. Eh ouais, les rédactions de magazines, agences de communication ou grosses entreprises du CAC 40 comptaient (et comptent encore) des départements entiers peuplés parfois à plus de 50 % de stagiaires. OK : certains employeurs sont vraiment de putains d’esclavagistes qui profitent de cette main-d’œuvre cheap, servile et qualifiée. Désormais de l’autre côté du miroir, j’ai pu vivre les joies de devenir « maître de stage » ou tuteur. Et de me rendre compte que tous les stagiaires ne sont pas ultra-qualifiés ou désireux de le devenir. Loin de là.

Le mongolito venu d’un pays lointain, très lointain

Son recrutement est le fruit du programme promu par votre boîte depuis 15 jours : elle accueille pour un stage de six mois des étudiants (très privilégiés, hein) du monde entier. Pas de bol, vous êtes la première à en faire les frais ! Bruno est brésilien, parle très mal le français mais « adaôôôrrr » le marketing du luxe à la française. Vous pensiez pouvoir lui refiler toutes vos basses besognes (benchmarker les fournisseurs, défaire des cartons et classer la PLV par type de produit, mettre à jour la mise en page de vos documents PowerPoint, ce genre de trucs simplissimes…) ? Que nenni, « BuRno » (vous l’avez rebaptisé ainsi au bout de deux jours) est très « yenti », mais il ne sais rien faire de ses dix doigts.

Comme vous êtes obligée de repasser derrière lui, vous perdez un temps monstre et vous ne pouvez décemment pas lui confier davantage que la mise à jour des coordonnées de vos clients. Et là, encore, vous serez encore en train de le maudire dans deux ans, tant il aura salopé votre base de données. Enfin, grand malheur, la RH (qui tire une grande fierté de ce programme) a fini par remarquer que vous avez mis son petit protégé au placard… Moralité : Vous n’êtes pas près de vous voir attribuer à nouveau un stagiaire.

Coefficient sympathie : ++

Coefficient efficacité : –

Coefficient casse-bonbons : +++

© The Sartorialist

La pistonnée d’en haut, de très en haut

Au début, vous n’avez pas tilté en découvrant le patronyme de Pétronille, votre nouvelle stagiaire. Vous avez plutôt bloqué sur le fait que cette jeune déesse de 21 ans était en première année à l’IESGBS Management School spécialité Mode et Haute Joaillerie (jamais entendu parler ? Moi non plus) et qu’elle n’avait jamais ouvert un fichier Excel de sa life… Problématique quand on débarque dans le département des Études Marketing d’une des plus grosses boîtes du monde. « Pas grave, elle est là pour apprendre », vous dites-vous pieusement. Oui, mais c’était sans compter sur le fait qu’elle n’en a pas envie parce que, elle, elle « veut travailler dans la mode. POINT BARRE. »

Pourtant, vous attendiez votre stagiaire avec impatience, histoire de vous soulager un peu. Et maintenant, vous êtes dans la merde totale. Car voyez-vous, Pétronille est la fille du Directeur Marketing de la boîte. A l’échelle de l’univers. Pendant que vous abattez vos dossiers à la chaîne, Pétronille twitte en faisant ses retouches de vernis (coloris Paradoxal n° 509 de Chanel), prend des pauses déj de 3 heures pour dévaliser l’avenue Montaigne et vous gratifie de commentaires du genre « Mais comment tu fais pour faire ce job depuis trois ans ? Je pèterais un plomb, moi » ou encore « Je ne comprends pas comment on peut faire de tels horaires… D’ailleurs, je déménage à côté du bureau, papa a fini par m’acheter le quatre pièces que je voulais à Wagram ». Bref, Pétronille vous prend pour sa copine (bouseuse) et vous, vous avez juste envie de la buter. Mais vous ne pouvez pas. Car cette garce est devenu l’œil de Moscou au sein du département et répète tout à son papounet d’amour durant leurs déjeuners dominicaux. Non, vous ne pouvez pas lui faire de reproche sur son très faible rendement, sur sa tenue vestimentaire (l’intégralité de la collection Chloé en cours, mais raccourcie de 20 centimètres), ni sur le fait qu’elle allume sans vergogne la moitié du staff masculin.

Coefficient sympathie : +

Coefficient efficacité : –

Coefficient casse-bonbons : +++

La cagole venue réussir à la capitale

Si le CV de Jade n’était finalement pas mal (elle a pris soin de tout pipauter du début à la fin), vous avez eu un gros doute sur sa forme (lettrine ignoble, papier parfumé à la violette et dessin de mode en image de fond). Face à la nullité des autres candidats, elle finit par remporter le job de rédactrice stagiaire. A première vue, cette poupée Barbie miniature est motivée et bien décidée à acquérir de l’expérience. Mais pas la vôtre, vraisemblablement. Lorsque vous corrigez ses textes en essayant de lui expliquer pourquoi telle ou telle phrase n’est pas française/est trop familière/est inexacte dans sa syntaxe, Jade rétorque que c’est pourtant « comme cela que les journalistes écrivent dans le Elle ». Impossible de lui faire admettre que, pour l’instant, elle n’est ni Aga, ni Fonelle, et qu’elle doit d’abord apprendre les rudiments du métier. Ni de lui faire vérifier ses infos sur une autre source que Wikipedia, encore moins de lui faire réécrire ses papiers dans la langue de Molière.

Enfin, lorsque vous finissez par la convoquer pour lui demander d’adopter une tenue vestimentaire plus convenable (autre que ses minishorts Von Dutch roses moulants), elle vous explique par A+B que vous êtes jalouse d’elle et que c’est pour cela que vous voulez la forcer à subir un relooking de nonne. Comme elle vous fait quand même un peu pitié, vous essayez de la mettre en garde sur certaines choses de la vie en lui expliquant que non, ça ne se fait pas de suivre un mec rencontré dans la rue jusque chez lui  parce qu’il vous propose de faire des photos de vous à poil. Rien à faire, pour elle, vous êtes une vieille morue rongée par l’envie : elle finira même par retourner vos collègues masculins contre vous. Normal, vous apprendrez des mois après son départ qu’elle se les sera tous tapés.

Coefficient sympathie : +

Coefficient efficacité : +

Coefficient casse-bonbons : +++

Ces témoignages sont inspirés de faits réels. Toute similitude avec des personnes existantes ou ayant existé n’est pas fortuite… Si vous aussi vous avez eu un abominable stagiaire, votre histoire nous intéresse. N’hésitez pas à partager, je me sentirai moins seule. Même si, aujourd’hui, je ne veux plus de stagiaire !

Infligé par l’Executive pétasse

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7 Réponses to “Mon stagiaire est un boulet”

  1. gentlemanw 26 septembre 2011 à 10:55 #

    Nous avons dû travailler dans les mêmes sociétés.

    Car les héritiers actuels, la jeune génération , celle appelée Y pour succèder au X des années 90, il sont arrivistes, pas forcément motivés à l’effort, très sûr d’eux et peu compétents dans le business réel.

    Théorie crée de lecture de magazine et d’épisodes de feuilletons où tous les jeunes ont gagné une voiture grand modèle cuir, un appart de nabab et travaille occasionnellement. Ils sont les rois d un pétrole virtuel, car leurs vies n’est que fumée, jeu d’ombre et short roses … 😉

  2. Back-stage 26 septembre 2011 à 12:15 #

    génial et réaliste

  3. Arsinoe 26 septembre 2011 à 16:13 #

    Un jour, j’ai eu une stagiaire à qui j’ai demandé de me refaire les étiquettes des dossiers du personnel, et de me reclasser les dits dossiers par ordre alphabétique dans une armoire à tiroirs. Ce qu’elle a fait.
    Par ordre alphabétique… des prénoms…

  4. devesa 26 septembre 2011 à 19:07 #

    Oh mon dieu, la stagiaire rédactrice qui n’écoute rien, je l’ai eue. C’était l’horreur. En plus d’écrirre kom sa, g’exagère meme pas tro, elle se payait le luxe de ne pas venir, sans prévenir. 1er jour de stage, elle se pointe à 11h, injoignable sur son portable et quand je lui dis que ça ne se fait pas elle ne comprend pas : elle était chez le dentiste mais ne voyait pas pourquoi il aurait fallu qu’elle me prévienne. Avec le recul, je pense que j’aurais dû la renvoyer chez elle direct. Mais j’étais trop en galère et je l’a gardée. Mais c’était la pire des stagiaires de l’histoire du monde.

  5. Bohémian Circus Confection 26 septembre 2011 à 22:38 #

    J’ai ADORÉ cet article tellement véridique 😀 Bravo, il m’a fait mourir de rire 😀

  6. Karine Gantin 27 septembre 2011 à 09:11 #

    Génial je twitte… Cela dit, pour nuancer un petit peu, il y a vingt ans en rédaction quotidienne nationale où je faisais mon premier stage, les « grands » trentenaires se bouffaient le nez comme des gosses pour s’accrocher au bienfondé de leur copie aussi, protestaient contre les coupes, la titraille, la taille de police… et j’en restais baba chaque matin… heureuse toutefois de ces guéguerres des boutons qui égayaient l’ambiance de manière définitivement juvénile au beau milieu des plans sociaux à la chaîne… Nous n’étions pas forcément différents. Mais d’autres paramètres jouaient: l’autorité, la légitimité implicite des demandes, celle de la hiérarchie générationnelle, etc.

  7. bibi 11 juillet 2013 à 21:05 #

    Vous avez de la chance vous pouvez virer vos stagiaires…moi je fais avec: « ha ce clieeeent? c’est ma mômaaan qui l’a ramené à la boîte »ha bah tiens pôsse moi le dossier je m’een charge. » Mais quand papa et maman ont ramené la moitié de votre base de données ce n’est plus un stagiaire que vous avez en face c’est votre futur boss.
    J’ai envie de le gifler tout les jours…je passerai aux infos mais tant pis.ha oui il a 20ans!pfff

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