Le phénomène du choc professionnel

8 Avr

Vous l’avez sans doute vécu ou êtes sur le point d’en faire l’expérience. Le choc professionnel se produit généralement après un ou deux ans dans la vie active, hors périodes de stage. Enfin, si vous n’êtes pas dans le déni… Il s’agit de cette douloureuse prise de conscience qui vous révèle à vous-même que votre vie professionnelle ne sera pas celle dont vous aviez rêvé. Analyse d’un passage obligé par la case désenchantement.



Nous avons tous été de jeunes loups

Même si tu n’as pas immédiatement trouvé ta voie – tu n’avais jamais imaginé une seule seconde que tu finirais chargé d’études -, tu as toujours été persuadé que tes longues années d’apprentissage déboucheraient sur un eldorado professionnel. Un boulot intéressant, des collègues enrichissants, une hiérarchie qui te challenge. Quoi de plus normal, toi qui as vécu aux crochets de la société – et accessoirement de tes parents – pendant près de deux décennies. Si, si, rappelle-toi : tu as insisté pour faire tes études à Marseille, ton année d’Erasmus au Mexique et ton stage non rémunéré en Australie. Entrecoupe tout ça par tes séjours à Val d’Isère ou sur l’île de Ré pour « décompresser », tes bringues 7 jours sur 7 avant de sécher mollement tes TD de micro-économie : on arrive à une note plutôt salée. Du coup, tu veux te rattraper. Prouver à tes parents qu’ils ont eu raison d’investir dans ton éducation. Et dès tes premiers stages, tu arrives ponctuel et bien peigné. Serviable et discret, tu mets tout en œuvre pour faire au mieux. Comme si ta vie dépendait de ton élection en tant qu’employé du mois. C’est décidé, dans la vie, tu vas « y arriver ».

Une claque dans la face tu te prendras

Avec du recul, ton attitude de jeune premier te fait bien marrer. Tu regardes aujourd’hui les stagiaires défiler avec un sourire résigné et cynique : à quoi bon se donner tant de mal ? Après tout, tu as toi-même réalisé un stage de fin d’études de très longue durée et personne ne t’a proposé de contrat à la clé, malgré les belles promesses. Ce désenchantement s’opère assez vite et de manière violente. Tu réalises que tu ne seras jamais président de l’univers, que tes collègues en foutent le moins possible ou se conduisent en véritables fils de chiens tant ils ont peur de perdre leur boulot ou que tu leur piques leur promotion. Enfin, tes boss ne te challengent pas, ou alors ils le font sans pour autant te donner de gratification… Depuis ta prise de conscience et l’acceptation de ton sort, tu alternes périodes de doutes et d’espoir. Tu as grandi. Tu as appris à positiver tes périodes de chômage. Enfin et surtout, tu n’as que faire de ce que les gens pensent de ton « poste ». Car ceux qui te jugent font sans doute semblant d’être professionnellement comblés.

Trentenaires : quatre catégories d’actifs

  • Les Partisans du Minimum Syndical : Loin d’être dépressifs, ces bougres-là ont pris le parti de ne pas se battre. Ils sont en mode « à quoi bon ? ». Ils arrivent en vélo au boulot en sifflotant du Prévert, travaillent juste ce qu’il faut pour qu’on leur foute la paix, mais ne courent pas derrière les responsabilités. Bref, ils ont décidé de se concentrer sur tous les autres aspects de leur vie : enfants, passion pour la mandoline, ski de fond, origami…
  • Les Stakhanovistes : Ce sont des idéalistes. Cadres supérieurs dans la culture, hauts fonctionnaires, employés à fort potentiel dans une multinationale. Ces maniacodépressifs du boulot pensent sincèrement que leur travail finira par être reconnu. Signes distinctifs : célibataire sans enfant, valoches sous les yeux et acné tardive.
  • Les Golden Boys (on les déteste autant qu’on les envie) : artistes reconnus, jeunes P-DG à succès, travailleurs humanitaires. Ils bossent beaucoup et ils kiffent. Ils font partie du 0,02 % de la population qui s’épanouit dans son métier tout en subvenant à ses besoins. Non seulement peu de personnes atteignent cet état de grâce, mais ceux qui y parviennent le font presque toujours pour une courte durée. Croyez-moi, la chute n’en sera que plus sévère.
  • Les Chômeurs de Longue Durée qui s’Assument : Issus de la classe moyenne aisée ou de l’aristocratie (il faut avoir les moyens de son manque d’ambition), les glandeurs professionnels perçoivent la vie de labeur comme une expérience hardcore d’une violence inouïe. En gros, le taf, ça les agresse. Ils préfèrent se dédier tout entiers aux activités contemplatives comme la pratique du Nô Japonais ou la descente de canettes de Chouffe sur les bancs publics.

Maintenant vous savez pourquoi tout le monde fait la gueule dans les transports en commun : parce que les Golden Boys ne les prennent pas ! Et vous, à quelle catégorie d’actifs « choqués » appartenez-vous ?

Infligé par l’Executive pétasse

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2 Réponses to “Le phénomène du choc professionnel”

  1. A l'Ecole D'une Médium 10 avril 2011 à 15:18 #

    Mon Dieu que je me reconnait là dedans… Pfiouu deux ans pile ! La loose totale…
    va savoir ce que ça va donner.

    Très bel article ! Merci

  2. Charles 14 avril 2011 à 18:47 #

    Bon alors sans hésitation je suis partisan du minimum syndical… sauf pour la mandoline.
    La biz,
    Charles

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