La Cinémathèque vous déride avec Ernst Lubitsch

6 Sep

Un cycle Lubitsch à la Cinémathèque française ? Pour les néophytes qui entendent ce nom pour la première fois, ça sent le plan intello chiant. Pour les amateurs éclairés, un sourire d’extase se dessine déjà. Débat.

Alors d’abord c’est quoi la Cinémathèque française ? Eh bien, allons-y pour la demi-minute culturelle et apprenons deux ou trois trucs en passant. Il s’agit d’un organisme privé dont la mission première depuis 1935 est de préserver, restaurer et diffuser le patrimoine cinématographique sous toutes ses formes. Le lieu fait la part belle au septième art, qu’il célèbre à travers des cycles, des projections, des débats et rencontres avec des professionnels du cinéma, des ateliers, le Musée, la Bibliothèque du film…

Marlène Dietrich dans "Ange".

Et donc… c’est qui Ernst Lubitsch ? Rien moins qu’un maître du septième art. Le cinéaste est né en 1892 à Berlin. Fils de tailleur, famille juive, le jeune Ernst (alors à peine 20 ans) contrarie les ambitions de son père pour lui en se lançant dans le cinéma, d’abord dans des petits jobs pour le studio berlinois Bioscop, puis en tant qu’acteur. En 1914, fourmillant d’idées, l’homme devient également auteur et réalisateur, pour peu à peu abandonner le métier de comédien. Puis à trente ans, c’est l’exil hollywoodien. Et le succès : il rejoint la Paramount dont il deviendra le directeur des productions trois ans plus tard, s’octroie les services des plus grands scénaristes américains du moment comme Billy Wilder (Certains l’aiment chaud, Sept Ans de réflexion, La Vie privée de Sherlock Holmes…), fait tourner Marlène Dietrich, Gary Cooper, James Stewart, Greta Garbo ou Carole Lombart… Le cinéaste réalise des films engagés où il aborde des thématiques fortes, comme le chômage, le nazisme, la Russie de Staline… L’Amérique est une patrie adoptive aimante qui le naturalise en 1936 après que le régime nazi l’a déchu de sa nationalité allemande en 1935, et lui offre plusieurs nominations aux Oscars. En 1947, il en obtient enfin un, l’Oscar d’honneur, et meurt quelques mois plus tard.

"To Be or Not To Be" (1942).

Et pourquoi on y va ? Dans un premier temps parce que l’endroit à lui seul vaut le détour : l’ex-American Center imaginé par l’architecte Franck Gehry impose ses lignes massives et tordues dans un coin éclectique et en plein renouveau architectural du douzième arrondissement de Paris. Investi par la Cinémathèque française en 2005, le bâtiment atypique jouit de la proximité du parc de Bercy, du Cour Saint-Emilion, de la bibliothèque François Mitterrand et des quais de Seine. Une déjà bien belle balade en soi. En plus, la Cinémathèque chouchoute ses visiteurs avec des tarifs attractifs (6,50 euros au max, qui a dit que les places de ciné étaient hors de prix ?) et même la gratuité pour les chômeurs.

Et quel plus beau prétexte que Lubitsch pour s’y rendre ? Car le cinéaste, comme beaucoup de réalisateurs engagés de cette époque trouble, est un maître dans l’art de la subversion et de la (dis)simulation. Derrière le vernis de la peinture sociale se cachent des satires féroces extrêmement drôles. Ne manquez pas « To Be or Not To Be » où une troupe de théâtre à Varsovie préparant une pièce sur Hitler va se retrouver en situation réelle en devant camper le Führer et des hommes de la Gestapo pour sauver la résistance polonaise, alors même que la Pologne est envahie par les troupes allemandes. Un chef d’œuvre de rythme, de double sens et d’humour bien noir, qui aura droit à son remake en 1983 par Alan Johnson avec Mel Brooks dans le rôle titre. Un cinéma où le comique de geste et de situation règne en maître, qui n’est pas sans rappeler Le Dictateur de Chaplin, Certains l’aiment chaud de Wilder, The Party de Blake Edwards ou la série des Panthère Rose avec Peter Sellers. D’une grande modernité pour son époque.

Rétrospective Ernst Lubitsch, jusqu’au 10 octobre 2010 à la Cinémathèque française : 51, rue de Bercy, 75012 Paris.

Dépeint par l’intégriste culturelle

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2 Réponses to “La Cinémathèque vous déride avec Ernst Lubitsch”

  1. Isa 11 septembre 2010 à 16:13 #

    J’ai entendu cela à la radio ce matin .. Cela fait un bail que je n’ai pas vu de film de Lubitsch. Malheureusement, Paris ça fait un peu loin pour la bordelaise que je suis !

  2. virginie 13 septembre 2010 à 11:25 #

    article très intéressant
    un grand merci
    cela donne envie de le découvrir
    en plus je confirme la cinémathèque est un endroit très agréable

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