Le magazine Be se tape l’incruste dans mon sac

11 Mai

Botero - "Femme lisant"

La presse féminine est un monde de brutes, dominé par des mastodontes (des dinosaures ?) qui répondent aux doux noms de Elle, Vogue ou Cosmo. Un univers impitoyable où il ne fait pas bon être de la chair fraîche. Pourtant, les nouveaux n’en finissent plus de fleurir dans les étals des kiosques.

La femme d’aujourd’hui a donc l’embarras du choix et peut se repaître de Biba, Femme actuelle, et maintenant Grazia, Envy ou Be… jusqu’à l’indigestion. Tous œuvrent à leur manière pour satisfaire ses envies de mode, beauté, people, psycho, déco… Et tous essayent d’imposer leur style et leur image, dans l’espoir de se différencier les uns des autres. Elle ? Hyper bien vu dans le genre « coucou, c’est moi l’establishment (la mamie ?) » : mais trop de publicités (la rançon de la gloire) et un style un peu figé depuis des décennies : j’ai 32 ans et je me sens extrêmement jeune quand je les lis (évidemment que j’exagère !)… Grazia ? La petite sœur, qui a soufflé sa première bougie en février. Un mag ambitieux qui semble avoir trouvé une bonne petite place et qui mise sur la recette du Look anglais (aaaah, toujours copié, jamais égalé ?), mais un peu trop people et mode sophistiquée (donc glacé et glacial) à mon goût. Envy ? Hum, alors là franchement, je passe mon tour… Photos de couv floues (dans le métier, c’est un peu la loose), aucune cohérence éditoriale… Je me suis perdue en cours de lecture et j’ai couru vers le premier panneau « Exit » que j’ai trouvé.

Autant le dire tout de suite, je ne suis pas du tout une addict des magazines féminins : à chaque fois que je m’approvisionnais, c’était après une mûre et intéressante réflexion du genre « eh, mais je ne suis pas complètement une femme si je n’achète pas de magazines féminins » (cette razzia dans les kiosques devenait alors une question de survie pour booster ma féminité). Or je n’ai jamais réussi à me caser. Les raisons sont simples : j’attends d’un magazine féminin qu’il me divertisse, qu’il soit léger et piquant, bourré de petites news (je suis une adepte du grignotage !), rapide à feuilleter, mais assez dense pour me faire la pause déjeuner. Bref, je veux qu’il me fasse sourire, qu’il me tienne compagnie et m’emmène dans des contrées inexplorées (mon plaisir : annoter mon agenda de toutes ces petites adresses qu’il va falloir que j’aille visiter). Et, OUI, je suis tout aussi intransigeante avec mon homme.

Fin du suspense : pourquoi Be squatte-t-il mon big-bag ? Une sangsue qui me pompe 1 euro à 1,50 euro toutes les semaines (j’ai pas encore compris le truc au niveau du prix, ça monte et ça descend) et que je bouquine par automatisme dès que je peux (comme si c’était une vieille habitude entre lui et moi). Be est mon nouveau boulet. Mon Télérama le regarde avec un air méfiant et désapprouve clairement sa présence sur la table du salon. Au niveau maquette, rien de révolutionnaire (les derniers-nés surfent sur les mêmes aplats de couleur et les mêmes typos), les stars des couvertures (bien choisies) sont sur-photoshopées (vendredi, j’ai mis cinq secondes avant de reconnaître Diane Kruger, idem la semaine d’avant avec J.Lo). Le nom est un peu… plat. Le mag a fait une com’ de bulldozer : spot de pub avec Paris Hilton en guest star, une chaîne de télé, une radio (en association avec Virgin : peut mieux faire), plusieurs blogs, une e-boutique et une application IPhone… La grosse artillerie. Normal, on parle de Lagardère, là.

Mais alors POURQUOI j’aime Be ? Sa force tient dans une bonne étude de marché. Le magazine surfe en effet sur la tendance blog : le ton est drôle et enlevé, les angles et sujets bien choisis, les plumes bien trempées (que ce soit sur le papier ou sur le web). Une mention très spéciale aux crash tests de Daphné Bürki, à Fiona dans tous ses états, au One Man Chaud de Mouloud Achour et à la rubrique « Happy culture », la bien-nommée puisqu’elle réussit (enfin !!) à parler culture de façon ludique et sans lourdeurs d’estomac. L’autre tour de force du magazine est d’avoir élagué dans l’actu people (ça fait du bien au cerveau) et de mélanger habilement sujets de fond, billets d’humeur et brèves. Et c’est en fait ce que je préfère dans Be : un joli bordel (allez sur leur site Be.com, et vous comprendrez mieux de quoi je parle) qui résume bien l’univers féminin. Dedans, il y a tout, de l’indispensable au complètement futile. Il y a donc une logique à ce que mon sac l’ait adopté : ils se sont reconnus au premier regard.

Dépeint par l’intégriste culturelle

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6 Réponses to “Le magazine Be se tape l’incruste dans mon sac”

  1. Zazen 11 mai 2010 à 08:38 #

    Les mamies ne sont pas tts représentatives de l' »establishment »…..il y a des babayagas et des panthères grises…mon petit !! Elles trouvent ELLE has been, VOICI voyeur, et TELERAMA catho coincé . Pas bons les préjugés pour une journaliste.
    Mais vos éditos sont bien sympas quand même

    • L'intégriste culturelle 11 mai 2010 à 11:48 #

      L’article jouait avec la caricature. J’espère encore trouver Elle « has been » quand je serais une grand-mère. Même si je reconnais que c’est un magazine qui a tout de même (d)écrit l’histoire de la femme en France, et que j’ai de bonnes amies (loin d’être des « mamies ») qui adorent Elle. Question en effet de chapelles affectives. Mais merci pour votre commentaire qui me permet de préciser ce point et qui crée le dialogue.

  2. Lulu de Londres 12 mai 2010 à 10:02 #

    J’aime découvrir des blogs et suis ravis de découvrir le votre avec cet article( très bien écrit). J’ai découvert Be lors de mon passage en France ( chanceuse le premier numéro sortait à ce moment la) et la campagne affichage était tellement cool que je n’ai pu m’empêcher de l’acheter, sans regret…

  3. @nnoushka 13 mai 2010 à 10:32 #

    bon ben Be moi vraiment j’accroche pas….la mamie qui sommeille en moi squatte Elle et Marie Claire! lol

  4. framby 10 juin 2010 à 22:10 #

    On compare pas VOGUE a BE, Glamour…..

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  1. Enfants : et si on les faisait naviguer ? « Arsenic et Petites Culottes - 2 août 2010

    […] bar du club house, vous pourrez reluquer en toute discrétion, planquée derrière les potins de Be, les baraques du club de kayak local pagayant vaillamment… hum.    Agréable à observer, le […]

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