Indépendante et libre comme Julie Delpy

30 Avr

Les femmes vraiment décoiffantes et décoiffées ne sont pas choses courantes dans le cinéma. Surtout quand celles-ci ont été faire un tour du côté du pays de Mickey. Il existe cependant une petite blonde qui fait exploser les préjugés avec son franc-parler et son rire insolent. Son nom : Julie Delpy. Pourtant, si l’on s’en tient à la surface, la demoiselle aurait pu être bien des choses en somme.

Elle aurait pu être une comédienne type intello snob : deux parents acteurs de théâtre, Albert Delpy et Marie Pillet, qui ont tourné avec Roger Planchon, Fernando Arrabal, Pierre Granier-Deferre, Henri Verneuil, Roman Polanski, Ariane Mnouchkine… Quant à la fillette ? Quatre films en particulier lancent sa carrière : Détective de Jean-Luc Godard, Mauvais sang de Leos Carax, La Passion Béatrice de Bertrand Tavernier et King Lear de Jean-Luc Godard. Vous pourriez penser que, là, on enfile ses lunettes de vue, on attrape sa Pléiade, et on se chauffe un petit thé que l’on boit le petit doigt en l’air, sans oublier l’aspirine pour le mal de crâne.

La réalité est toute autre, car le papa et la maman sont deux artistes bien barrés, à l’humour décapant (parfaitement mis en scène dans 2 Days in Paris, le deuxième film réalisé par Julie), acteurs également de Jean-Pierre Mocky, Patrice Leconte, Jean-Marie Poiré ou Benoît Delépine et Gustave Kervern dans le déjanté Mammuth encore à l’affiche. Alors les étiquettes, ce n’est pas pour la blondinette, qui n’a pas eu peur de casser son image de comédienne de « cinéma d’auteur français », en faisant ses valises pour Hollywood alors même qu’elle venait de frôler le César du meilleur espoir féminin à deux reprises. Elle ne boude pas la France, elle aime juste dire « Fuck ».

Elle aurait pu être une star du glamour. Façonnée par l’industrie américaine, tout dans la moue, rien dans le citron. Après tout, c’est une jolie blonde. Un physique parfait pour en faire une poupée sophistiquée arpentant les red carpets en robes de créateur. Mais Julie n’est pas une poseuse. D’ailleurs, c’est elle qui le raconte, son agent américain de l’époque l’a virée alors qu’elle travaillait sur le scénario de Before Sunset, en lui expliquant qu’elle ferait mieux de faire de la gym et se faire poser des implants mammaires. Travail pour lequel elle a ensuite obtenu l’Oscar du meilleur scénario adapté…

La course à la beauté, très peu pour elle : « Je ne suis pas très attachée au physique. J’aime l’idée de vieillir, je n’en ai pas peur. Plus je vieillis, plus longtemps je suis en vie. À mes yeux, le combat que livrent les gens obsédés par la peur de vieillir est ingagnable. » Bref, Julie n’est pas superficielle pour un sou. Normal quand on a été élevée par des comédiens à l’esprit soixante-huitard bien affirmé (Julie est quand même née en 1969…), révélés par L’An 01, œuvre chorale de Jacques Doillon, Gébé, Alain Resnais et Jean Rouch, un film contestataire célébrant l’amour libre, la vie en communauté et le refus de l’autorité. Marie Pillet est également une des signataires du Manifeste des 343 (salopes) pour la liberté d’avortement. Non décidément, Julie Delpy ne pouvait pas se contenter d’être une belle plante.

Elle aurait pu être une actrice tout court. Mais la passion du cinéma la porte plus loin. Scénariste (comme son père), réalisatrice, productrice, monteuse et même compositrice, Julie est une touche-à-tout. De Jim Jarmush à Enki Bilal, en passant par Kieslowski et même la série Urgences. Julie trace son bonhomme de chemin comme elle l’entend. Et quand c’est elle qui est aux commandes, elle fait appel à son ami Ethan Hawke, à Adam Goldberg (Un Homme d’exception de Ron Howard, les séries Earl et Joey, Comment se faire larguer en 10 leçons…), à William Hurt (Alice de Woody Allen, Le Village de Night Shyamalan, A.I. de Spielberg…), ou Daniel Brühl (Good Bye, Lenin! de Wolfgang Becker, Inglorious Basterds de Tarantino). Et si elle a joué dans les films qu’elle a réalisés, cela a plus à voir avec des questions de budget. Car Julie ne trouve même pas qu’elle est une bonne actrice. Elle a d’ailleurs laissé passer des occasions en or comme Antichrist de Lars von Trier : elle affirme que, de toute manière, Charlotte Gainsbourg était la meilleure.

Pour résumer, elle aurait pu être une gentille fi-fille. La jouer éthérée façon Gwyneth Paltrow, rentrer dans le rang comme Angelina Jolie, faire le jeu d’Hollywood en minaudant comme Marion Cotillard ou courir le cacheton comme Keira Knightley. Au lieu de ça, Julie Delpy met en scène et interprète Erzsebet Bathory, une comtesse hongroise qui a inspiré les mythes de Dracula et de la méchante reine de Blanche-Neige. Par sa beauté et son autorité, cette femme maîtresse, chef d’armée et veuve souveraine en ses terres, icône du dix-septième siècle, damait le pion aux hommes de son époque. Une cougar avant l’heure qui, par dépit amoureux, a saigné de jeunes pucelles pour lutter contre la décrépitude physique. À l’opposé de la petite Julie, alors fascinée par cette personnalité digne d’un conte de fée bien sombre. Un récit qu’elle mettra dix ans à monter. Avec réussite. Sans jugement. Son regard glaçant et réaliste vacille entre la compassion pour cette amoureuse abandonnée et l’horreur de ses actes. Et une hypothèse : Erzsebet n’aurait-elle pas été poussée au crime par cette société d’hommes qui voyaient en elle une anomalie de son temps et donc une certaine modernité pour nous ? Julie Delpy serait-elle un peu féministe ? Ce qui est sûr, c’est qu’elle refuse les carcans, se fout de son image (elle se filme sans artifices et sans maquillage, peu importe les rides et les cernes !) et fait ce qu’elle veut. Moi aussi, à 41 ans, je voudrais être belle, indépendante et libre comme elle.

Dépeint par l’intégriste culturelle

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2 Réponses to “Indépendante et libre comme Julie Delpy”

  1. @nnoushka 1 mai 2010 à 14:07 #

    Je la suis depuis toujours, et j’aime toujours tout ce qu’elle fait! Comme son dernier film d’ailleurs….

  2. hautlesmainspeaudelapin 3 mai 2010 à 11:07 #

    Je viens de voir 2 days in Paris et suis restée scotchée ! Julie Delpy est exceptionnelle. J’ai hâte d’aller voir La Comtesse…

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