Michel Gondry : la tête dans la lune, les pieds dans la terre…

19 Avr

L’avantage avec Cannes, c’est que ça n’en finit jamais. Le festival a lieu en mai et jusqu’en avril de l’année suivante, les films présentés continuent de sortir en salles. Alors que vient d’être annoncée la sélection 2010, quelques cinémas accueilleront mercredi le dernier Michel Gondry, qui avait été projeté en Séance spéciale à Cannes l’année dernière. Je me permets une petite parenthèse sur cette sélection cannoise, toujours aussi alléchante, avec Tim Burton en président du jury, Benicio del Toro, Atom Egoyan, Emmanuelle Devos ou Claire Denis en membres éminents des différents jurys, et une ribambelle de talents qui vont vous donner de sérieuses envies de pop corn : Mathieu Amalric, Xavier Beauvois, Rachid Bouchareb, Im Sang-soo, Abbas Kiarostami, Alejandro Gonzalez Inarritu, Takeshi Kitano, Mike Leigh, Bertrand Tavernier, Nikita Mikhalkov, Manoel de Oliveira, Jean-Luc Godard, Hideo Nakata, Hong Sang-soo, et Olivier Assayas depuis hier soir qui rejoint Woody Allen, Oliver Stone et Stephen Frears hors compétition. Parenthèse fermée.

Alors oui, ma bonne dame ! Vous n’étiez pas au courant que Michel Gondry était de retour ? Pas de grand tapage médiatique autour du clippeur de génie, de l’enfant terrible de la pub, du cinéaste bricoleur ? Et pour cause ! Il ne s’agit pas d’un long-métrage ordinaire (ordinaire, Gondry ?), mais d’un film documentaire. Nous y avions déjà eu le droit en 2006 avec son Block Party où il suivait l’humoriste Dave Chappelle lors d’un concert événement avec les grands noms de la black music. Un feu d’artifice visuel et un terrain de jeu peut-être facile car connu pour celui qui a excellé dans la réalisation de clips colorés et décalés : les Daft Punk (« Around the world, around the wo-oorld »), The White Stripes, Cody ChesnuTT, Beck, The Chemical Brothers et Björk, entre autres, ne regrettent pas d’avoir fait appel à lui. (Un grand-père inventeur du Clavioline, ancêtre du synthétiseur, et un père musicien de jazz, ça donne de belles prédispositions envers la musique !) Avec L’épine dans le cœur, Gondry renoue avec la poésie et la tendresse qu’on lui sait en tant que réalisateur de cinéma et en tant que conteur d’histoire. Mais cette fois-ci dans un tout autre genre.

Jusqu’à maintenant, on connaissait le plasticien et inventeur visuel, formé à Olivier-de-Serres. L’homme aime toutes les formes d’art et les mélange selon son bon plaisir et son imagination. Casse-gueule quand on n’a aucun talent, génial quand on en est bourré ! D’Eternal Sunshine of the Spotless Mind à Soyez sympas, rembobinez, ses personnages célèbrent l’imaginaire, la folie douce et le rêve. Le cinéma de Gondry est un amoncellement de trouvailles visuelles, de techniques d’animation artisanales, d’objets fabriqués à partir de rien, de scènes oniriques, d’exploration de la psyché à travers des procédés d’une grande beauté et inventivité. «  Dans les films de marionnettes animées, j’aime percevoir les fils de fer, la fourrure, l’eau fabriquée avec des bouts de papier… Tout cela stimule l’imagination parce que, d’une part, il faut interpréter l’image par rapport à la réalité, mais aussi parce que l’on apprend la façon dont on peut fabriquer cette réalité. J’ai toujours aimé les films ou les musiques qui fournissent le mode d’emploi ; bien plus que ceux qui sont là pour impressionner par leur complexité. » Un goût du bricolage qui s’est révélé très tôt puisque le jeune Gondry voulait devenir inventeur. Cohérent, non ? L’homme est un lunaire à n’en pas douter : avec sa chevelure bouclée, son air tout gentil-gentil, ce Versaillais ne vit pas dans les mêmes sphères que nous.

"L'épine dans le cœur"

Et pourtant, Michel Gondry n’est pas qu’un rêveur un peu fou, c’est aussi un homme de terrain, ancré dans la réalité… qu’il étend, déforme, sur-investit, mais dans la réalité quand même. Ces récits du quotidien lui viennent de sa propre histoire familiale. Tout d’abord de son fils Paul (eh oui, celui que l’on voit comme un éternel adolescent est père !), digne et très jeune (18 ans) successeur de son paternel, qui a déjà réalisé un clip pour The Willowz et va collaborer avec son papa sur Megalomania, un long-métrage d’animation. C’est donc sur une idée de son rejeton que Michel Gondry va se rapprocher encore un peu plus du réel et de sa famille avec L’épine dans le cœur, portrait intimiste de sa tante Suzette : « Il (Paul) m’a dit qu’elle (Tante Suzette) avait beaucoup d’histoires à raconter. Et j’aime l’idée de collecter. Quand mon père est mort, j’ai eu le réflexe de regrouper toutes les voitures qu’il avait possédées. Je ne sais pas pourquoi. C’était une sorte de page qui se tournait… Suzette arrive vers la fin de sa vie, alors je suis parti sur le chemin des écoles où elle avait enseigné. Huit au total, toutes dans le Gard. Je voulais qu’elle me raconte ses secrets, sa famille, ses souvenirs de la guerre… » Le réalisateur s’en est donc allé sur les traces de cette tantine institutrice. Et chemin faisant, le documentaire s’en va sur un sentier de traverse inattendu. C’est le témoignage de Jean-Yves, le fils de Suzette, qui fait tout basculer : il va révéler une blessure inavouée entre sa mère et lui. Un secret de famille qui se dévoile devant la caméra surprise, gênée, empathique et tendre de Gondry. Un regard toujours aussi inventif grâce auquel l’émotion transpire : Gondry a l’idée de génie d’insérer, dans le déroulement même du film, le making-of avec les réactions de la Tantine au visionnage des rushes, ainsi que des scènes issues des films de famille réalisés en Super 8. Gondry, cinéaste du (sur)réel ? C’est certain. Avec L’épine dans le cœur, on peut même parler d’humaniste.

Pour les fans, en décembre 2010, Michel Gondry devrait sortir en France son nouveau film Le Frelon vert, adapté d’une série américaine des années soixante. Et news de dernière minute, il sera à la galerie Chappe à partir du 22 avril, avec une exposition autour de la sortie de L’épine dans le cœur.

Galerie Chappe, 4 rue André-Barsacq, 75018 Paris. Ouvert tous les jours de 14 h à 20 h.

Dépeint par l’intégriste culturelle

 

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2 Réponses to “Michel Gondry : la tête dans la lune, les pieds dans la terre…”

  1. Virgnie 19 avril 2010 à 13:52 #

    Grâce à cet article je sais ce que je fais mercredi prochain
    un grand merci

Trackbacks/Pingbacks

  1. Rentrée cinéma : les films qui vont faire swinguer 2011 | Arsenic et Petites Culottes - 11 janvier 2011

    […] parce qu’il s’agit du génial Michel Gondry, évidemment. Qui a réuni une équipe de spécialistes du film de super-héros pour réaliser son […]

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