Du côté de chez Miyazaki

8 Avr

Quand j’ai vu ce que me réservait le programme télé (mais dis donc, elle est pas un peu accro au petit écran, cette intégriste culturelle, bizarre…), un « oooh » trop aigu m’a échappé. Un cycle Miyazaki. Sur Arte. (Non, je n’ai pas d’actions chez la chaîne.) Pour moi, c’est un événement digne d’une foire au chocolat ou d’une journée prix sacrifiés chez Isabel Marant. Une folie pure, surtout en prime time et sur deux semaines et demie, à tel point que j’en suis déjà à noter dans mon agenda les différentes étapes vers mon nirvana et à vérifier que je n’ai rien prévu (ou alors à carrément annuler ce qui était prévu) ces soirs-là : « Sérieux, elle me saoule avec ses trente ans, elle pouvait pas faire ça un autre soir que le Château ambulant ! » J’ai soudainement de grosses envies de nature, d’enfance, de contes et de créatures célestes. Reportage en direct de ma salle de bains : telle que je suis actuellement devant mon miroir, le sourire béat et le regard plein d’étoiles, je ressemble comme deux gouttes d’eau à mon fils devant un épisode de Oui-Oui. (Promis, je ne me moquerai plus de son air ahuri.)

Jusqu’au 22 avril, Arte va donc régaler petits et grands avec une rétrospective qui a commencé lundi par Le voyage de Chihiro. Une ouverture logique puisque c’est ce long-métrage qui a consacré Miyazaki en France. Plus d’un million et demi d’entrées sur l’Hexagone lors de sa sortie dans les salles obscures en avril 2002. Un record quand on ne s’appelle pas Disney ou Pixar, et quand on vient du Japon avec une esthétique et un imaginaire décalés. Car chez Miyazaki, pas de chansons chorales entonnées par des personnages rose bonbon, pas de courses de voitures à un rythme effréné, ni de prouesses 3D à couper le souffle.

Pourtant, les enfants embarquent sans sourcilier. Pourquoi ? Quand je regarde mon fils devant Ponyo sur la falaise, alors qu’il n’a pas 3 ans, je me dis qu’il ne doit pas comprendre grand-chose. Faux ! Le fait que Ponyo soit un poisson qui devienne une petite fille, le Babou semble trouver ça tout à fait normal. Bon, alors en tout cas, avec Le voyage de Chihiro, c’est certain, il va être largué et même avoir un peu peur de la vieille Yubaba franchement pas avenante : oui, il a un peu peur, il le reconnaît, mais ça le fascine, tout est « bô » et les bestioles les plus bizarres le font rire. Idem avec Mon voisin Totoro (diffusé ce soir à 20 h 35) : mon esprit d’adulte anticipe son angoisse devant cet espèce de chat-lapin bizarre et énorme. Que nenni ! D’abord pour lui, c’est juste « Totoro » et pas un « chat-lapin bizarre », et en plus c’est rien qu’un gentil esprit de la forêt (tellement emblématique pour les petits qu’il est devenu la mascotte des studios Ghibli). OK. Kiki la petite sorcière ? Génial, il adore les avions et il y en a partout. En plus, elle travaille dans une boulangerie-pâtisserie et elle a un chat qui parle : le rêve ! Nous avons tout de même évité d’aller jusqu’au Château ambulant, au Château dans le ciel ou à Porco Rosso (tous les trois sur fond de guerre), et encore moins jusqu’à Princesse Mononoké, le plus sanglant des Miyazaki. Mais pour les 6-13 ans et autres ados, c’est un festival d’animaux qui palabrent et vivent parmi les hommes, d’enfants qui refont le monde et sauvent la nature, de petites princesses guerrières élevées par des loups (enfin une alternative féminine à Mowgli ou Tarzan qui étaient jusque-là les seuls à avoir la chance de grandir parmi les animaux), de fantômes, de divinités, de monstres et esprits drôles et effrayants à la fois, de sorciers un peu loufoques, de châteaux faits de bric et de broc, de royaumes flottant dans les nuages…

Aux adultes, le Japonais offre une poésie et une construction narrative complexe qui prend son temps et fait place à différents niveaux de lecture. C’est là la magie de Miyazaki : sous le lyrisme des images et le merveilleux des histoires, ses films parlent de conflits armés, de relations parents-enfants, de nature à préserver, d’humanité et de rapport au monde. Son univers, Miyazaki l’a construit au gré de sa passion pour l’aéronautique (héritée de son père), de sa conscience écolo, de l’histoire de son pays marqué par la seconde guerre mondiale, de sa vision féministe de la société (la plupart de ses héros sont des jeunes filles), de sa nostalgie et son amour de l’enfance. (Les Japonais sont, à mon sens, ceux qui reproduisent le mieux les expressions et attitudes des tout-petits, et Miyazaki est le maître en la matière.)

S’il reste une once d’âme d’enfant en vous, décollage immédiat pour un grand moment d’enchantement et de surréalisme façon Lewis Caroll dès ce soir 20 h 35. Et pour l’explication de texte c’est à 22 heures avec Ghibli et le mystère Miyazaki. Un documentaire d’Yves Montmayeur qui revient sur l’histoire de ce studio japonais hors normes, où le dessin animé est vu comme un artisanat, un art de raconter des histoires qui ont du fond et parlent à tous.

Rétrospective Miyazaki sur Arte :

– Jeudi 8 avril à 20 h 35 : « Mon voisin Totoro » / à 22 h : « Ghibli et le mystère Miyazaki »

– Lundi 12 avril à 20 h 35 : « Le château ambulant »

– Jeudi 15 avril à 20 h 35 : « Nausicaä de la vallée du vent »

– Lundi 19 avril à 20 h 35 : « Princesse Mononoké »

– Jeudi 22 avril à 20 h 35 : « Le château dans le ciel »

Dépeint par l’intégriste culturelle


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9 Réponses to “Du côté de chez Miyazaki”

  1. Pimp'Pommette 8 avril 2010 à 13:28 #

    Olala, moi j’ai failli rater tout ça!
    …même si je les connais tous par coeur!!!
    Merci pour le super bon plan télévisuel! 🙂
    et Pompoko aussi est très beau!

  2. @nnoushka 8 avril 2010 à 14:26 #

    J’en ai vu aucun….ça va me permettre de me rattraper!

  3. L'executive pétasse 8 avril 2010 à 14:32 #

    Ju-bi-la-ti-on !

  4. Lynoux 8 avril 2010 à 21:45 #

    J’adore ! Est-ce qu’on peut voir les « after » Myazaki sur le site d’Arte où il faut absolument avoir l’antenne et payer redevance ?

  5. Lynoux 8 avril 2010 à 21:47 #

    ps : j’adore le Babou qui connait par coeur Ponyo et qui, en effet, a très bien compris que le poisson et la petite fille était la même personne. (pas con ces petites bêtes ^^)

  6. marie-pierre 11 avril 2010 à 07:09 #

    super nouvelle j’ai pratiquement tout vu. J’aime les dessins et les histoires donc à revoir.

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