Allo patron, maman travaille

22 Mar

Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de mettre le doigt sur une une thématique chère à mon cœur. Voici donc mon coup de gueule contre la mise au ban des travailleuses enceintes. (Arlette, sors de ce corps !)

La femme est l’égale de l’homme. Ah ouais ?

Comme beaucoup, je ne me considère pas comme une féministe « à l’ancienne ». C’est sans doute parce que l’homme qui dominait librement ma grand-mère et ma mère (avec un peu plus de difficulté, hé hé) a cessé de me dominer, moi.

Car grâce à maman, qui était ado dans les années 70, j’ai su que j’avais le droit de coucher avec qui je voulais (capote dans une poche et pilule dans l’autre) et grâce à papa, j’ai tout de suite compris que j’étais l’égale de l’homme dans mes droits et dans mon cerveau.

Mais voilà, aujourd’hui, j’implose. Parce que papa m’a menti. Parce qu’il n’est pas formidable d’être une femme en 2010. Oh que non. OK, nous sommes libres de mener notre vie comme bon nous semble et de porter des jupes ras-la-coquillette. Soit ! C’est bien, mais concrètement je n’en ai rien à talquer.

Les utérus, au placard !

J’ai 28 ans. Pour n’importe quel employeur je suis SUSPECTE. Suspecte d’un délit que je n’ai pas encore commis : TOMBER ENCEINTE. Je suis pour cela passible du désamour de mon N+1, N+2, N+3 et N+4 ainsi que de l’ultime humiliation professionnelle : la mise au placard.

Un pote commercial me lâche, il y a deux semaines : « J’ai trois collègues en congé maternité, du coup c’est la merde au boulot, ça fait vraiment chier ». Mais qui donc fait chier ? La jeune commerciale qui a refusé de se faire ligaturer les trompes ou le patron qui n’a pas correctement remplacé son employée partie en congé maternité ?

Une autre copine me sort, de but en blanc : « Mon boss déteste que ses collaboratrices tombent enceintes. Il m’a même clairement signifié qu’il espérait que je n’aie pas de projet à ce niveau-là à court et moyen terme. » Cette même personne m’a fait comprendre que son patron encourageait les femmes parties en congé maternité à prendre un congé parental. Son but : qu’elles ne reviennent JAMAIS. Comme si ces sorcières lui avait fait une énorme crasse !

J’exagère ? Je ne crois pas. Si certaines grandes entreprises ayant un fort contingent féminin en âge de procréer mettent en place une politique RH qui facilite la vie des mamans et des futures mamans, l’écrasante majorité des boîtes (et surtout des PME) sont carrément hostiles aux pics d’œstrogènes. Croyez-moi, la nana qui est promue en revenant de son congé mat’ a une chance de cocue.

Combien de jeunes actifs embauchés pour « remplacer un congé maternité » connaissez- vous ? Et combien d’entre eux ont fini par garder le poste de la maman qu’ils remplaçaient ? Trêve de mauvaise fois, moi j’en connais beaucoup, et vous aussi.

La domination, oui, mais de qui ?

En gros, pour être « bankable » à l’embauche et à la promotion, il faudrait être fraîchement diplômée ou ménopausée. L’utérus le plus suspicieux étant celui qui vient de se fiancer, de se pacser ou, grand Dieu, d’acheter un trois-pièces-cuisine.

Le plus troublant, c’est que pour une fois, les hommes n’y sont pour rien. La domination subie par les femmes est bien là, mais d’une nature plus pernicieuse. Le dominant, ici, n’a pas de visage. Ce gros méchant, on le connaît bien, c’est le même qui pollue les rivières et affame le tiers-monde : l’économie de marché. Le capitalisme, quoi. Celui du bénéfice à tout prix, du rendement maximum et du taux de productivité.

C’est ce même système qui voit la femme enceinte comme un coût inutile, bien que dérisoire : celui de son remplacement pendant seize semaines (diantre, seize semaines !). Et ce alors même que l’entreprise ne verse plus de salaire à son employée partie, qui devient allocataire auprès de la Caf.

Louis (Aragon) et Jean (Ferrat) ont beau avoir cassé leur pipe, personne n’a l’air d’avoir réellement décidé que la femme est l’avenir de l’Homme. Et c’est pourtant le cas. Les Françaises sont les Européennes les plus fécondes et n’ont jamais autant travaillé. Si les gouvernements se succèdent et ne savent toujours pas comment subvenir aux besoins de nos baby-boomers retraités, ma retraite, elle, est sans doute assurée. Grâce à qui ? Bah, grâce à toutes ces femmes qui ont le courage de faire des enfants alors qu’elles savent pertinemment que ça nuira à leur carrière. Merci à elles.

Infligé par l’Executive pétasse

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7 Réponses to “Allo patron, maman travaille”

  1. @nnoushka 22 mars 2010 à 12:56 #

    En fait tous ces mecs n’ont pas de femmes….et ne veulent pas d’enfant….sinon on pourrait leur mettre dans la gueule; pense au patron de ta femme!

  2. whatshotincannes 22 mars 2010 à 13:31 #

    moi ce que j’aimerais savoir c’est comment se comportent les femmes chef-d’entreprise à cet égard!

  3. L'executive pétasse 22 mars 2010 à 14:05 #

    Malheureusement sans doute pareil ! C’est la logique d’entreprise qui prime avant tout, et les femmes sont les égales de l’homme face à cet assujettissement.

  4. nani 22 mars 2010 à 14:37 #

    Que les patrons soient hommes ou femmes ils ont exactement la même attitude envers les femmes en situation de « procréer » ou de « tomber enceinte », le mot « tomber » m’a toujours déplu être enceinte n’est quand même pas une maladie quoique chez les employeurs on entends parfois ces mots de contagions en parlant de maternité…Je ne suis plus active mais je vois hélas que les mentalités sont bien loin de changé, la femme ne sera jamais l’égal de l’homme, j’aimerais penser qu’ils pourraient être complémentaires avec les mêmes avantages socio-économiques mais dans combien d’année !!!

  5. AnSô 23 mars 2010 à 11:42 #

    Bravo pour cet article d’une grande justesse. Aurons-nous la chance de connaître une évolution des mentalités ? A la vitesse à laquelle les choses changent: rien n’est moins certain.
    La femme est peut-être l’avenir de l’homme, certainement pas d’un businessman !

  6. Alice 25 mars 2010 à 13:27 #

    Well said !!!!!!

Trackbacks/Pingbacks

  1. Happy B-day Arsenic et Petites Culottes ! | Arsenic et Petites Culottes - 11 février 2011

    […] A titre individuel, j’ai adoré vous parler de Vogue pour mieux aborder la thématique des fashion sans-abris. Je me suis intéressée à la discrimination des femmes sur leur lieu de travail parce qu’elle sont trop belles, trop moches ou trop enceintes. […]

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