Manga mon amour

2 Mar

Le moment est parfait pour brandir mon étendard et partir en guerre au nom d’un art : le manga. Oui, tu lis bien : je défends la bande dessinée japonaise en tant qu’art. Tout d’abord, comme la BD européenne, c’est un art graphique à n’en pas douter (là-dessus, personne ne pourra me contredire). Avec ses séries cultes et ses maîtres. Et surtout avec sa foule d’adeptes (toujours grandissante en France). Et mon sensei à moi, mon idole, vient de sortir les deux premiers volumes d’un nouvel opus, dont l’annonce me faisait déjà frémir d’avance. C’est donc fébrile que j’ai attendu le 18 février pour la sortie de Pluto de Naoki Urasawa. Entre lui et moi c’est une histoire d’amour, celle d’une rencontre.

Rappel des faits : 2002, j’habite depuis trois ans près d’un mangastore où je vois défiler une horde d’ados et adultes qui exultent littéralement en sortant. Ma curiosité est piquée. Un peu plus tard, je lis une critique élogieuse de Monster, un manga du type thriller psychologique. En bonne fan de la culture japonaise (disons même asiatique) que je suis, je ne peux plus faire mine d’ignorer cette contre-culture qui se développe en France, surtout quand c’est sur le trottoir en face de chez moi. Je franchis donc la rue et me décide à pénétrer dans ce temple. Un tome, deux tomes… Dix-huit en tout que j’avale boulimiquement. Monster c’est l’histoire de Kenzô Tenma, neurochirurgien qui, après avoir sauvé la vie d’un petit garçon prénommé Johann, va se retrouver entouré de meurtres mystérieux dont il va être accusé et sur lesquels il va enquêter pour tenter de s’innocenter. Les programmateurs de Canal+ ne s’y trompent pas et diffusent l’anime (dessin animé) tiré du manga en 2006. Rythme de la narration et du découpage visuel, personnages complexes, trait de crayon réaliste, décors minutieux et ambiance noire au possible… Le doigt dans l’engrenage, j’enchaîne avec une autre série du même auteur, 20th Century Boys (je suis le genre de fille un peu super addictive : quand j’aime quelque chose il faut que j’en reprenne à outrance). Attention, chef-d’œuvre ! Kenji, la vingtaine, apprend le suicide d’un de ses meilleurs amis d’enfance. Cette mort, obscure, se révèle liée à une secte qui arbore comme symbole le signe de ralliement de Kenji et ses copains lorsqu’ils étaient enfants. Une secte dirigée par un certain « Ami » qui reproduit dans la réalité un scénario catastrophe inventé par la bande de Kenji à l’époque où ils usaient leurs culottes sur les bancs de l’école. Une série haletante au scénario à tiroirs et aux flashbacks efficaces, qui suit les personnages sur plusieurs décennies et sur 24 tomes. Un découpage cinématographique parfait, qui a d’ailleurs donné lieu à une adaptation (assez réussie, mais le manga reste de loin supérieur) sur grand écran en 2008.

Quelques clés :

  • Les mangas de Urasawa sont des seinen : ils s’adressent à un lectorat adulte, masculin à l’origine, mixte désormais, et  abordent tous les genres (aventure, thriller…). Leur pendant féminin, un peu moins connu, est le josei qui traite surtout des relations amoureuses et/ou sexuelles, du couple, de la carrière . Shôjo et shônen sont les petits rejetons de la famille et ciblent respectivement les jeunes filles et jeunes garçons à travers des quêtes initiatiques mêlant combats, amitiés, amour, humour (le désormais célèbre Naruto est un shônen)… Il s’agit des 4 grands genres, mais la liste n’est pas exhaustive.
  • Naoki Urasawa est né en 1960 à Tokyo. Il n’a cessé d’enchaîner les prix au Japon, mais également en France, au festival de la bande dessinée d’Angoulême où Monster a été nominé en 2003 pour le prix du meilleur scénario et où 20th Century Boys a été élu meilleure série en 2004. Il recevra même en 1999, distinction suprême pour un mangaka, le prix Tezuka, du nom du maître des maîtres du manga.

Cette évocation de Tezuka n’est pas fortuite : celui-ci a inspiré à Urasawa sa nouvelle série Pluto fraîchement sortie en France. Naoki Urasawa reprend en effet une histoire du célèbre petit robot Astro créé par Tezuka (si les trentenaires ne voient pas de quoi je parle, ils ont probablement passé leur enfance sans télévision enfermés dans une cave). Alors dit comme ça, ça peut faire peur à certains (et surtout certaines). Mais ici c’est un prétexte à un thriller intelligent et angoissant. Imaginez un monde où, après un conflit armé dévastateur, robots et êtres humains vivent ensemble avec plus ou moins d’harmonie. Les premiers revendiquent des droits ; certains hommes cohabitent avec eux de façon sereine, d’autres s’en méfient. Trame classique du roman d’anticipation qui trouve son originalité dans le traitement ultra-réaliste du mangaka et le basculement dans un polar hyper efficace. Le démantèlement d’un robot considéré invincible signe le début d’une série de meurtres. Suspect numéro un : un androïde. Si c’est le cas, ce serial killer d’une nouvelle ère, programmé à l’origine pour aider les hommes, soulève une question centrale du genre : une « machine » est-elle capable de sentiment, comme la haine, la colère ou la vengeance ? Un inspecteur androïde, lui-même légèrement déprimé et assailli de doutes, mène l’enquête et va croiser la route de ses congénères les plus puissants (dont Astro), placés en tête de liste des futures victimes du tueur. Je n’en peux déjà plus d’attendre le troisième tome, prévu pour avril.

La force du manga en général est de fonctionner en feuilleton et donc d’accrocher son lectorat, comme peuvent le faire actuellement toutes les grandes séries américaines. Suspense, personnalité, tempo… tous les ingrédients sont là pour créer une addiction irraisonnée et incontrôlable. Alors si tu es complètement accro à LOST, Flash Forward, Dexter, Desperate Housewives et compagnie, laisse-toi aller au manga.

Et si cela ne suffisait pas à te convaincre, toi la fashionista de province ou toi le métrosexuel parisien, sache que le manga est le reflet d’une société japonaise cultivant la contre-culture, à la pointe de la technologie, du design, de la mode et de l’underground. Et que de nombreuses personnalités « branchées », comme Michel Gondry, Sofia Coppola ou Léos Carax, se sont déjà passionnés pour ce pays polymorphe. Alors ne deviens pas un has been et, ne serait-ce que pour ta culture, comme Kirsten Dunst et moi, respire et vis manga !

Dépeint par l’intégriste culturelle

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7 Réponses to “Manga mon amour”

  1. L'executive pétasse 2 mars 2010 à 12:27 #

    L’Intégriste m’a déjà convertie (merci madame) : je dévore Les Gouttes de Dieu (j’en ai acheté 4 d’un coup ce week-end). Geek ? Non, classe !
    Le secret : il faut passer outre la couverture qui est souvent assez kitchouille : à l’intérieur se cache un VRAI trésor.

  2. Virgnie 2 mars 2010 à 14:50 #

    ultra intéressant cet article
    il est vrai que nous pouvons avoir une image faussée de la cible qui dévore les mangas
    ça me donne bien envie tout ça et si je deviens addict alors là je dirais bravo à notre jolie intégriste culturelle aux yeux verts car je suis trèèèès chiante en terme de lecture

  3. Pierre 18 novembre 2010 à 16:56 #

    …Grand fan de Jiro Taniguchi de mon côté… « Quartier lointain » fait partie des ouvrages à découvrir… Devrait du reste sortir prochainement en film il me semble.

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