Sus aux diktats de la maternité !

19 Fév

Lorsque j’ai parlé de faire un article sur Elisabeth Badinter, les filles ont sursauté : « Oh, je la déteste, celle-là ! – Attends, son discours sur l’allaitement est super réac ! »

Pour moi, jeune mère de famille de 32 ans et femme active amoureuse de son métier, sa voix a été comme l’écho retentissant de ma détresse passée. Après avoir accouché, j’ai compris que j’étais plus féministe que je ne le pensais. La raison ? En devenant mère, je suis devenue prisonnière.

Prisonnière d’une société d’hommes. Tu meurs d’envie de retourner travailler alors que ton enfant n’a pas 6 mois : honte à toi ! Tu veux retrouver ton poste tel quel au retour de ton congé maternité : mais tu t’es crue où ? Ton conjoint t’aide aux tâches ménagères : estime-toi chanceuse ! Il ne le fait pas : débrouille-toi, après tout lui travaille toute la journée, et c’est toi la mère !

Surtout prisonnière des autres femmes et mères. Mes matons étaient en fait des matrones. Car dès que j’ai été enceinte, j’ai été encerclée par des femmes de toutes sortes : infirmières, sages-femmes, ma gynécologue, ma pédiatre… Vous êtes une jeune oie blanche et ce sont elles les poules expérimentées de la basse-cour qui piaillent ordres et contrordres à tout-va (dans leur bouche, ce sont des conseils amicaux). Et toutes vous assènent qu’il faut allaiter, que c’est merveilleux ; que non ça ne fait pas mal, c’est vous qui êtes douillette ; que c’est de votre faute si vous n’avez pas assez de lait, vous n’avez qu’à vous reposer et mettre (encore) plus souvent votre bébé au sein ; que non il est hors de question qu’on vous apporte un tire-lait électrique pour vous soulager… Et si vous avez le malheur de faire un baby blues, mères, grand-mères, belles-soeurs et autres amies-déjà-mères-et-si-épanouies s’y mettent : arrête de te plaindre et de parler de toi, l’important c’est ce bébé maintenant ; tu sais, d’autres femmes ont eu des enfants avant toi et elles ont survécu ; faut que tu relativises ; je ne comprends pas, un bébé c’est tellement merveilleux ; ah moi, je ne donne jamais de petit pot à mon enfant, JAMAIS ; je trouve que passer ce petit ange au biberon c’est un peu égoïste !!!

Et enfin prisonnière de cette image fantasmée de la mère. La preuve c’est que moi aussi j’ai rêvé ma maternité selon les « bons » principes de mon époque : pas de péridurale, sophrologie pour préparer à l’accouchement, un allaitement jusqu’à 6 mois minimum comme recommandé par l’OMS, des purées maison variées, des produits cosmétiques bio et sans paraben, pas de sucres avant au moins 3 ans… Et pourtant, dans le feu de l’action, j’ai supplié les sages-femmes de me piquer le dos, la sophrologie ne m’a servi à rien pendant les contractions, j’ai allaité pendant (seulement) un mois et demi au prix d’un effort douloureux, j’ai fait des purées maison ponctuées de petits pots industriels de dépannage, mon fils de 2 ans et demi mange de temps en temps des gâteaux…

Aujourd’hui, je brise mes chaînes et j’affirme haut et fort : je suis heureuse de m’accorder des moments hebdomadaires rien qu’à moi, pour voir mes amis, aller à la piscine, sortir ; mon premier allaitement n’a pas été une partie de plaisir ; je n’ai pas été fan de la période nourrisson ; j’ai été très heureuse de quitter mon appartement pour aller travailler et passer mes journées avec des adultes ; je trouve normal et tout à fait essentiel que le père participe aux tâches ménagères et à l’éducation de l’enfant (et il n’aura pas de médaille pour ça) ; j’ai souvent pensé que je n’étais pas prête pour avoir un enfant ; je regrette parfois ma vie avant la maternité ; je sais que je fais des erreurs. Et je suis décomplexée et déculpabilisée, entre autres, grâce à la parole libératrice d’Elisabeth Badinter  : je suis une mère médiocre et j’aime mon fils plus que tout.

Alors quand j’ai découvert l’article paru sur Rue89, j’ai un peu été dépitée d’avoir été devancée dans mon cri du cœur à Elisabeth Badinter. Puis très vite, le sentiment dominant a été un profond soulagement. Un soulagement de découvrir que je n’étais pas la seule mère à me considérer avant tout comme une femme ; de savoir que je n’étais pas la seule à avoir failli sur le chemin de la mère nature bonne et bio.

Pourtant j’avoue que, pour le second, je retenterai l’accouchement sans péridurale et l’allaitement, je ferai toujours des purées bio. Car si personne ne me dicte ce que j’ai à faire, il en va de même pour Elisabeth Badinter.

Dépeint par l’intégriste culturelle

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9 Réponses to “Sus aux diktats de la maternité !”

  1. Melissa 21 février 2010 à 19:44 #

    Merci merci merci merci merci merci merci merci merci merci merci merci merci !!!!

  2. @nnoushka 22 février 2010 à 12:09 #

    En tant que célibataire de 40 ans sans enfant j’ai auusi à me battre pour ce choix!

    • sainkho 15 août 2012 à 10:48 #

      ben je sais pas perso je comprends pas, ces débats sont pour moi dépassés… les femmes auj ne sont vraiment plus obligées de se marier et d’avoir des enfants pour exister… il est aussi agaçant de stigmatiser les femmes qui ne veulent pas d’enfants que de dire à celles qui en veulent qu’elles sont conditionnées… j’ai fini par penser que finalement les militantes féministes n’étaient pas forcément les femmes les plus libres (pas forcément j’ai dit)… pour moi la liberté des femmes et leurs droits passent par le droit des mères : j’entends par là, liberté de concevoir ou non, liberté d’allaiter ou non, liberté de ses choix de postures pour accoucher, respect de la physiologie, que le rythme du travail et l’économie dans son ensemble soit plus respectueuse de la famille et de la vie… bref loin de vouloir faire d’une femme un homme comme un autre et réciproquement, pour un féminisme pragmatique à la scandinave… la parité et un meilleur équilibre des temps de vie qui profitera à tout le monde, hommes et donc père potentiels compris… pour que maternité ne rime plus avec choix entre vie privée ou vie pro… que chacune se sente libre d’en faire sans risquer de ne plus exister que par ça et de perdre son travail… enfin faut pas croire qu’il n’y a pas de pression du côté des hommes sur le fait de fonder une famille… ils y ont droit aussi …

  3. L'executive pétasse 22 février 2010 à 15:52 #

    C’est bizarre de dire d’Elisabeth Badinter qu’elle est « réac »… Les filles qui veulent prouver qu’elles peuvent gérer un bébé comme au temps de « La petite maison dans la prairie » (langes en tissus, allaitement au sein toutes les trois heures et compagnie) nourrissent visiblement la nostalgie d’un passé fantasmé. Bref, les réacs, ce sont elles ! Badinter rocks baby !

  4. jozzy-online 26 février 2010 à 03:35 #

    tres interessant, merci

  5. naturetik 1 mars 2010 à 16:50 #

    Je trouve carrément dommage ces clans de bonnes ou mauvaises mamans. La réalité c’est que vous n’êtes pas une mère médiocre. Vous êtes une mère POINT.
    On me catalogue de mère nature/bio et pourtant j’ai les mêmes sentiments que vous. Envie de bosser, envie de m’émanciper, envie du meilleur pour mon enfant mais surtout et aussi pour MOI.
    J’ai eu une péri, j’ai donné le bib, j’ai utilisé une poussette et des écharpes de portage, je mange bio, j’ai fais parfois des petits pot à ma fille mais plus souvent je lui ai donné des petits bio par choix et non pas parce que je me sentais coupable de donner du bledina. Et par dessous tout, j’estime que ce n’est pas à moi la femme de tout faire à la maison, tant bien même que je sois souvent à la maison.
    Tout ça n’a rien à voir avec le fait d’allaiter ou non. mais plus tôt du fait de l’égalité des répartitions des tâches domestiques et éducatives entre femmes et hommes qui est … encore …. bien loin d’être équitable.
    Et puis parlons des salaires des femmes, qui est nettement inférieur.
    Finalement on ressent toutes la même chose. Qu’on allaite ou pas, qu’on lange en lavable ou en jetable.

    • L'intégriste culturelle 1 mars 2010 à 17:10 #

      Chère lectrice, je suis tout à fait d’accord avec vos propos, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je conclus mon papier sur le fait que je continuerai, pour le prochain, à donner du bio à mon enfant et à tenter l’accouchement naturel (j’ai envie de savoir ce que c’est, de tout sentir). Nous avons eu un petit débat en interne sur le sujet. L’Indécise karmique est pro-bio et pense que, malgré tout, encourager les gens à réduire leur empreinte carbone est important. Je suis d’accord avec elle. Je ne fais pas de clan, je défends au contraire le libre choix. Et je veux avant tout déculpabiliser les mères qui n’arriveraient pas à suivre totalement ce chemin bio : toutes les mères font comme elles peuvent et comme elles veulent. C’est en ça que je parle de mère « médiocre » (terme d’Elisabeth Badinter) en opposition à la mère « parfaite » qui n’existe pas. Tous les chemins sont possibles et honorables dès l’instant où c’est fait dans le respect de l’enfant et dans la volonté de son bien-être. Mais au cas où mon propos semblerait un peu partial, je n’ai aucun parti pris, sauf celui des mères en général. Et personnellement, je suis plutôt pour l’allaitement et le bio (que j’applique également à moi comme vous). En tout cas, merci de nous laisser vos impressions et vos commentaires qui permettent d’enrichir le débat.

  6. Sara 2 mars 2010 à 13:16 #

    Je tenais simplement à dire que j’ai apprécié la lecture de cet article et que je reconnais bien là le parlé de l’intégriste culturelle (association plutôt intéressante de l’appellation d’origine ô combien contrôlée par l’auteur). N’ayant pas d’enfant(s), je ne peux donc pas laisser mes impressions sur le ressenti mais je souhaitais exprimer mon intérêt….la case ‘laisser un commentaire’ est faite pour ça après tout!
    Longue vie à Arsenic et Petites Culottes!!!

  7. Un ièniem petite mère 3 mars 2010 à 16:49 #

    et bien moi aussi je trouve bien dommage que même dans le monde de mère des clivages puissent autant se former.
    Moi je suis mère, j’ai vécue tout le début de grossesse sans jamais me demander quelle mère je voudrais être.
    Etre mère était déjà un passage suffisamment flou pour ne pas penser au reste. et puis une fois que cette boule de vie est arrivée, les purées bio se sont imposées, l’envie de faire pour elle que contre quelques choses. l’envie de vivre ces heures à réaliser des gâteaux avec elle aujourd’hui, l’envie de mettre des couches lavables parce que d’un coup cela me paraissait une évidence, car j’en avais le choix.
    J’ai eu envie de vivre ces premiers mois et plus avec elle, sans aller au boulot, ce que j’ai fait en partie.
    Et parce que j’ai choisit de l’aimer ainsi, de me trouver dans ce rôle de cette manière, je suis devenue une vielle réac qui est contre le progrès ? dommage. parce que j’ai trouvé un équilibre, entre cette femme et cette mère, par la suite, avec plus de temps que d’autre peut-être, je suis l’antidote contre l’image « de la femme libre et épanouie » ? parce que je ne suis pas retournée en courant au boulot, ou que les bulles de ma fille m’ont alimenté durant plusieurs mois ?…et bien non, parce que je pense encore et toujours que le progrès c’est souvent d’avoir le choix…et chacun fait le sien. cela n’est pas forcement synonyme de tolérance, même par les plus grandes défenseurs de la liberté.

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